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L'Argentine de nouveau en pleurs

L'Argentine de nouveau en pleurs

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Dévaluation du peso, inflation galopante, flambée du dollar au marché noir. Le spectre de la crise de 2001 revient hanter l’Argentine. Qui n’a que deux espoirs : l’élection présidentielle de 2015 et ses réserves en gaz de schiste, à ce jour inexploitées.

C’est devenu une triste habitude. Au point que les soubresauts de l’économie argentine n’émeuvent plus le reste de la planète. La marée est pourtant basse, comme en 2001 : dévaluation du peso de 14 % par ­rapport au ­dollar en janvier, afin de préserver les réserves de la ­Banque centrale, ­passées de 52 à 29 milliards de ­dollars depuis 2011, et de juguler l’inflation. La hausse des prix a atteint 28 % en 2013, selon les ­instituts privés. Le gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner s’en tient à un pudique 11 %. Mais il y a beau temps que les organismes ­économiques internationaux ne ­prêtent plus foi aux statistiques ­officielles du pays…

Les Argentins, eux, redoutent une autre ­dépréciation du peso. L’ex-ministre de l’économie, Roberto Lavagna, prévoit une ­inflation de 30 % en 2014, pour une croissance de 1,5 %. Alors, ils suivent les ­rabatteurs et vont dans les ­cuevas, ces bureaux de change ­illégaux ­installés dans des arrière-boutiques pour troquer des pesos contre des dollars, au taux de treize contre un. En 1992, quand Carlos Menem avait arrimé le peso au dollar, la parité était de un pour un. 

Les livres d’histoire le disent, l’Argentine fut un pays riche, avant la Première Guerre mondiale, ­parmi les dix premiers du monde. Les émigrants affluaient d’Europe pour travailler dans la fertile ­pampa, cette gigantesque plaine au climat tempéré qui irrigue l’économie du pays : agriculture, élevage. 

Un siècle plus tard, l’Argentine, éternel pays d’avenir, est restée engluée dans le souvenir de son ­glorieux passé. La huitième nation du monde par la superficie (2,8 ­millions de km2) n’est que 45e à l’indice de développement humain (IDH) établi par l’ONU, qui mêle espérance de vie, niveau de vie et niveau d’éducation. Et 101e à l’indice de perception de la corruption de Transparency International…

La raison de ce déclin ? ­L’Argentine n’a pas su profiter de sa prospérité pour basculer dans la modernité. Elle a vécu sur le ­commerce de ses richesses natu­relles, viande et blé, sans bâtir un socle industriel ni créer de ­classe moyenne ou investir dans l’éducation. 

Une société agraire, apte à capter dans le progrès technique ce qui était utile à ­l’exportation (chemin de fer, bateaux frigorifiques), mais incapable de se doter d’institutions solides : 11 militaires parmi ses 16 présidents de 1930 à 1983, 5 coups d’État depuis la Seconde Guerre mondiale. En 1989, pour la première fois en soixante ans, un président civil transmit le pouvoir à un successeur élu.

Plus de trois décennies après la fin de la dictature militaire, ­l’économie argentine évolue encore au rythme du pendule : protectionnisme durant les années 1980, libéralisme effréné dans les années 1990, retour au protectionnisme sous les présidences de Nestor ­Kirchner (2003-2007) et de son épouse, Cristina Fernández de ­Kirchner. Car le péronisme, legs du général Juan Péron, président de 1946 à 1955 puis de 1973 à 1974, est un concept politique sans corpus économique. Un populisme autoritaire qui navigue au gré du vent, tantôt barre à gauche, tantôt barre à droite, sans vraiment de cap.

 

Le boulet du péronisme

Le péronisme procède du péché originel de l’Argentine : une ­fracture sociale née de l’inégalité de la ­répartition de ses richesses ­agraires. Les exportations de blé et de viande firent la fortune des grands ­propriétaires terriens tandis que l’essentiel de la population avait le ventre creux. Même la dernière période du « miracle argentin », dans les années 1990, fut ­accom­pagnée d’un taux de chômage anormalement élevé : 18 %. 

Le protectionniste prôné par le général Péron continue donc d’avoir les faveurs du plus grand nombre, même s’il est basé sur un pouvoir central omnipotent : le président de la République est à la fois chef d’État et chef du gouvernement. En l’absence d’organisme régulateur, l’interventionnisme étatique est de courte vue. Les taxes sur les exportations de blé instaurées par Nestor Kirchner ont créé des surplus domestiques qui maintiennent des prix à la consommation bas. Tout en dissuadant les ­agriculteurs de planter davantage. Et l’Argentine, quatrième pays exportateur de blé en 2006, a glissé au dixième rang mondial en 2013. « Ces soixante dernières années, l’État s’est soucié de maintenir ses dépenses, pas de financer la ­croissance », assène Fernando de la Rúa, ancien président qui a démissionné durant la crise de 2001.

 

Le FMI reste méfiant

De surcroît, le protectionnisme a isolé l’Argentine au sein du ­Mercosur, ce marché commun qui l’unit au Brésil, à l’Uruguay, au ­Paraguay et au Venezuela : pas de zone peso pour protéger sa devise de l’érosion, comme au sein de la zone euro en Europe. Il lui vaut aussi la méfiance du FMI, depuis que ­Nestor Kirchner a restructuré à la hache la dette du pays, alors de 100 milliards de dollars : défaut de remboursement sur 75 milliards… « Nous serions très heureux d’aider l’Argentine si ce pays nous le demandait, a déclaré Zhu Min, directeur adjoint du FMI, après la dernière dévaluation du peso. Mais, comme vous le savez, nous n’avons pas de dialogue officiel depuis 2004. » 

Mais dans l’esprit des Argentins, danse depuis janvier le spectre du chaos social de la crise de ­décembre 2001 : dévaluation du peso de 28 %, émeutes, pillages, concert de casseroles. Et l’élection présidentielle d’octobre 2015 est encore trop lointaine pour offrir une issue politique à la crise.

Reste une lueur d’espoir : le ­gisement de pétrole et de gaz de schiste de Vaca Muerta, en ­Patagonie. La compagnie nationale YPF estime à 22,5 ­milliards de barils ses réserves. Ce qui ­placerait l’Argentine au deuxième rang ­mondial pour le gaz de schiste, et au quatrième rang pour le ­pétrole de schiste. Pour exploiter ce ­gisement, l’Argentine a besoin ­d’investis­seurs étran­gers. Qui ne se bousculent pas au ­portillon, se ­souvenant de la ­nationalisation du pétrolier ­espagnol Repsol en 2012 au ­profit d’YPF… 

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