Norvège : Merci pétrole, adieu pétrole

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La Norvège s’interroge. Son fonds souverain, premier acteur financier de la planète – 1,2 % de la capitalisation boursière mondiale, soit 840 milliards de dollars – doit-il continuer à investir dans l’industrie pétrolière ? Certes, il peut sembler hypocrite qu’un fonds alimenté par les revenus des puits de pétrole -norvégiens veuille se défaire de ses actions Shell ou BP. Mais le débat, bien que suscité par des défenseurs de l’environnement, dépasse les considérations éthiques.

Le fonds souverain norvégien a pour mission d’orienter la rente pétrolière sur des investissements qui profiteront aux générations futures quand les ressources du pays en énergie fossile seront taries. Son souci n’est donc pas la rentabilité immédiate. Et nombreux sont les analystes financiers à souligner que les sociétés pétrolières sont des valeurs à risque, car susceptibles 

de s’effondrer du jour au lendemain en cas de catastrophe liée au changement climatique. Storebrand, premier fonds privé de Norvège, a ainsi exclu les sociétés pétrolières de son portefeuille.

Svein Flåtten, Premier ministre norvégien à la tête d’une coalition de centre droit, a accédé à la demande de l’opposition en nommant une commission d’experts qui se prononcera, dans un délai d’un an, sur l’opportunité du maintien d’actifs pétroliers dans le fonds souverain du pays. Ils constituent actuellement 8 % de sa valorisation.

Cette démarche ne trouble pas Yngve Slyngstad, président du fonds souverain : « L’argent que je gère appartient aux Norvégiens. Ce sont leurs représentants au Parlement qui contrôlent la politique générale du fonds. À eux de me dire si je peux investir cet argent dans des sociétés pétrolières. »

Le pétrole irrigue l’économie norvégienne. Avec 170 000 euros de -placement par tête dans son fonds, l’État a déjà assuré la prospérité de ses 5 millions d’habitants et de leurs descendants. Dès lors, chercher à les protéger d’une éventuelle chute des valeurs pétrolières peut être considéré comme une mesure de saine politique. Gouverner, c’est prévoir. La mafia américaine n’avait pas agi autrement quand elle a avait réinvesti dans des placements licites, donc à moindre risque, l’argent provenant du jeu, de la prostitution et de la drogue…

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