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Faut-il tuer le PIB ?

Faut-il tuer le PIB ?

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À quoi les économistes passent-ils leur temps ? Posez la question autour de vous. Il est fort probable que l’une des réponses que vous obtiendrez sera quelque chose comme : ils calculent le produit intérieur brut (PIB). Une notion dont tout le monde a entendu parler, et que les uns considèrent comme le but ultime de toute politique, tandis que les autres y voient une simple obsession imposée par la culture dominante. Dans les faits, le PIB, auquel l’économiste britannique Diane Coyle vient de consacrer un livre entier**, n’est ni l’un ni l’autre.

Commençons par démystifier cette notion. Imaginez une île dont les habitants n’auraient aucune relation avec le reste du monde. Cela ne les empêcherait pas de produire des choses, et ces choses auraient une certaine valeur. Elles seraient achetées par leurs concitoyens, générant ainsi des revenus pour les vendeurs qui, à leur tour, dépenseraient tout ou partie de ces revenus. Le PIB, ça n’est rien de plus que cela.

Bien sûr, cette notion ne permet pas de mesurer grand-chose si on ne la tempère pas par l’inflation. Si le PIB double du fait d’une hausse des prix, personne n’y gagne rien. C’est pourquoi certains économistes préfèrent la notion de « PIB réel », c’est-à-dire mesuré en volumes et à prix constant. Un autre facteur peut fausser le calcul : la démographie. Une évolution de la population peut faire varier le PIB, c’est pourquoi on parle parfois du « PIB réel par habitant ». Et encore, il faudrait tenir compte du nombre d’heures travaillées car une hausse de la durée du travail risquerait d’altérer le calcul. Mais le PIB horaire est très difficile à établir et bien peu s’y sont risqués.

Voilà jusqu’où l’utilisation du PIB peut nous mener. Au-delà, on entre dans les polémiques et les querelles de chapelles. Bien sûr, chacun admettra qu’il est préférable pour un pays d’afficher un PIB par habitant élevé. Cette idée simple a alimenté, dans la seconde moitié du xxe siècle, ce qu’on a appelé le «  fétichisme de la croissance », le growthmanship. C’est durant cette période que la notion de PIB a acquis une connotation négative. L’idée étant que la croissance n’est pas une fin en soi et que, dans certaines conditions, elle peut même être destructrice et contre-productive si elle est trop rapide, trop violente. Cette notion, à mon sens, reste pourtant utile. Par exemple, vous lisez dans un livre d’histoire que l’Illyrie dépensait une somme donnée pour entretenir son armée. Bien. Vous disposez d’une somme en valeur absolue. Est-elle importante ? Faible ? Vous n’en avez aucune idée, jusqu’à ce qu’on vous indique quel pourcentage du PIB cette somme représentait.

Le problème, et Diane Coyle l’explique dans son livre, c’est que l’usage systématique de cette notion de PIB introduit de la complexité là où elle n’est pas nécessaire. Quand j’étais étudiant, la plupart des économistes préféraient parler du « revenu national ». Or qu’est-ce que le PIB, sinon un revenu national brut dont on n’a pas déduit la dépréciation des biens et des facteurs de production ? Pour réconcilier les citoyens avec l’économie, pourquoi ne pas revenir au concept de revenu national ? Et renvoyer le PIB à ce qu’il n’aurait pas dû cesser d’être : un élément de travail à réserver aux spécialistes ?

© La Revue et Financial Times

* Samuel Brittan est éditorialiste au Financial Times.

** GDP: A Brief but Affectionate History, de Diane Coyle, éd. Princeton University Press.

 

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