Elias Masilela - Premier investisseur d’Afrique

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Patron du premier fonds souverain d’Afrique, le Sud-Africain Elias Masilela ne veut pas se limiter à un rôle de financier. Il revendique la dimension politique de ses investissements.

Dans l’univers de la finance internationale, on connaît les fonds de pension américains, toujours en quête des plus hauts rendements pour satisfaire les retraités de Floride. Les fonds du golfe Persique, soucieux de transformer en actifs de toutes sortes la manne pétrolière et faisant leur marché dans les économies européennes en crise. Il y a aussi la tendance scandinave, éthique et vertueuse, qui n’investit que dans des projets politiquement et écologiquement corrects.

La Public Investment Corporation (PIC) sud-africaine, que dirige Elias Masilela, n’entre dans aucune de ces grandes catégories. Ou plutôt elle emprunte à chacune d’entre elles. Créée il y a un peu plus d’un siècle pour faire fructifier les retraites des fonctionnaires, la PIC a surtout servi, durant l’apartheid, à soutenir l’économie du pays face aux sanctions internationales. Depuis l’arrivée au pouvoir de l’ANC, son rôle et son mode de fonctionnement ont totalement changé. 

D’abord, le gouvernement lui a confié pour mission de réparer, dans la mesure du possible, les injustices nées de la politique du régime précédent. C’est-à-dire concrètement d’investir en priorité dans des projets d’infrastructures bénéficiant aux populations noires négligées auparavant : routes, réseaux de télécommunications, équipements commerciaux ou de santé, habitations. La nomination, en 2011, d’Elias Masilela à la tête de l’institution participe de cette mission. Derrière ses allures de pur financier formé à l’étranger – il a étudié au Swaziland, puis en Éthiopie –, le patron de la PIC est aussi un militant dont les parents, Solomon Buthongo et Rebecca Makgomo Masilela, ont soutenu très activement la lutte de l’ANC contre l’apartheid, y compris en organisant des actions armées 

 

Un fonds tourné vers l’Afrique

Autre gros changement dans les priorités de la PIC : elle place maintenant dans des pays étrangers une partie des 150 milliards de dollars dont elle dispose. Étrangers, mais exclusivement africains, comme l’explique Elias Masilela : « Notre idée, c’est que si nous investissons judicieusement et aidons les marchés africains à grandir, nous créerons de nouvelles opportunités pour les entreprises de notre pays. » La volonté de sortir des frontières sud-africaines est d’ailleurs inscrite, depuis 2010, dans le cahier des charges que l’État – qui contrôle le fonds à 100 % – a établi pour la PIC : 10 % des fonds investis doivent l’être dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne, pour partie sous forme d’actions dans des sociétés locales et pour partie dans des obligations émises par les États. Ce qui fait de la PIC – et de son patron – l’un des investisseurs les plus influents, sinon le plus influent, du continent.

La démarche, Elias Masilela l’avoue bien volontiers, ne tient pas uniquement de l’altruisme. Alors que l’Afrique du Sud n’a enregistré qu’une modeste croissance de 2 % en 2013, la moyenne de ses voisins s’établit à 5 %. Il est tentant d’essayer d’en profiter et, d’ailleurs, les entreprises du pays ne s’en privent pas : au total, l’Afrique du Sud est le deuxième investisseur étranger du continent, derrière la Malaisie mais devant la Chine et l’Inde. Au point d’avoir acquis une réputation d’arrogance chez certains de ses voisins, qu’Elias Masilela tente de désamorcer en détaillant le fonctionnement spécifique de l’institution qu’il dirige. La PIC, explique-t-il, ne ressemble ni aux fonds chargés de faire fructifier les revenus tirés du pétrole ou d’une autre matière première, ni aux structures privées en quête du retour sur investissement maximal. Les motivations qui président à son fonctionnement sont aussi politiques que financières. « Notre stratégie d’investissements en Afrique, détaille-t-il, n’est pas régie par les mêmes règles que celles des investisseurs classiques. Nous sommes motivés par quelque chose de différent, de supérieur : contribuer à la croissance du continent. »

 

Le ciment, c’est l’or de demain

Ce qui n’exclut pas le pragmatisme ni la recherche du profit : récemment, le fonds est entré au capital de Dangote Cement, le géant nigérian, à hauteur de 1,5 %. Un investissement de 289 millions d’euros, la plus grosse opération enregistrée en 2013 à la bourse de Lagos. Auparavant, des parts avaient été prises dans la banque panafricaine Ecobank et dans un autre cimentier, le tanzanien Tanga. « Nous pensons que le ciment est l’or de demain en Afrique, précise Elias Masilela. Les pays qui nous entourent développent des aéroports, des pipelines, des réseaux de télécoms, des barrages, des voies ferrées, des routes : laquelle de ces activités n’a pas besoin de ciment ? »

En 2013, les Américains du Sovereign Wealth Funds Institute, qui établissent chaque année un classement des patrons de fonds les plus puissants au monde, ont attribué le 14 e rang (sur 100) au Sud-Africain. Dont l’influence est d’autant plus grande qu’il travaille, ce n’est nullement un secret, en liaison étroite avec son gouvernement. C’est d’ailleurs la principale critique que formulent les détracteurs de la PIC : elle manquerait d’indépendance et ne serait qu’un instrument au service de la politique du gouvernement de Pretoria. Critique déplacée : ce lien, réel, est à la fois assumé et revendiqué. 

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