Afrique du Sud :  liquider l’héritage

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Lévolution économique de l’Afrique du Sud se lit comme un bilan comptable. Dans la colonne des actifs, une économie dont le volume a triplé après deux décennies de croissance. L’inflation a été maîtrisée.


L’aide sociale s’est étendue. De 2001 à 2010, un million de Sud-Africains ont rejoint chaque année les rangs de la classe moyenne. Quant à l’administration, elle n’est plus exclusivement composée d’une élite blanche. Pays divisé et sur le déclin en 1994, l’Afrique du Sud possède l’un des marchés financiers les plus puissants et ouverts du continent et des entreprises innovantes prêtes à investir en Afrique subsaharienne. Cinquième membre des BRICS – avec le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine –, elle jouera un rôle décisif dans le développement économique mondial des années à venir.

Cependant, le passif hérité de la période de l’apartheid est lourd. Sept millions de Sud-Africains, soit 35 % de la population active, sont sans emploi. Quinze millions vivent avec moins de 2 dollars par jour et 6,4 millions sont infectés par le VIH, reflet d’une société à deux vitesses : d’un côté, une classe sociale moderne, sophistiquée, qualifiée, dynamique, influente et non raciale ; de l’autre, une population marginalisée, non qualifiée, pauvre, jeune, cantonnée dans les zones rurales et périurbaines, de plus en plus agitée et sans espoir.
C’est cette partie de la population qui doit maintenant faire l’objet de l’attention de l’ANC. La lutte pour une plus grande égalité sociale est la cause de profondes divisions dans la société, au sein du parti lui-même mais aussi entre les membres de l’Alliance tripartite 2. Les tensions que Mandela avait réussi à désamorcer après 1994 ont tendance à se raviver.

Il est essentiel de professionnaliser l’administration sud-africaine. Afin de mettre en œuvre son plan de développement -national, contrôler la croissance et s’attaquer au chômage, Jacob Zuma devra choisir ses collaborateurs au plus vite. Pour atteindre les 5 % de croissance nécessaires au doublement du PIB par habitant, faire baisser de moitié le chômage et réduire les inégalités structurelles, l’exécutif devra concentrer ses efforts sur des dépenses publiques mieux ciblées, en particulier dans les domaines de la santé, de l’éducation, et dans les infrastructures. Il lui faudra lutter contre la corruption et la sanctionner, avec l’appui des syndicats.
Et lier les augmentations de salaire à l’amélioration de la productivité, accroître les compétences des forces vives, relancer l’exploitation minière, rétablir la confiance dans les affaires et le monde du travail et être plus vigilant sur la régulation des marchés. 

Si ces objectifs sont atteints, l’environnement favorable ainsi créé permettra aux investissements étrangers annuels de passer des 2 milliards de dollars actuels aux 5 à 10 milliards de dollars espérés.

Dans cinq ans, une nouvelle génération de leaders de l’ANC succédera à Jacob Zuma. Ce qu’il aura accompli au cours de son nouveau mandat décidera de leur destin : seront-ils aux commandes, bloqués dans une coalition ou relégués sur la touche ?

© La Revue et Financial Times 

1- Colin Coleman est directeur général du bureau de Goldman Sachs en Afrique du Sud.

2-Depuis 1994, l’ANC gouverne l’Afrique du Sud au sein d’une «Alliance tripartite», avec le Parti communiste sud-africain (SACP) et la

Fédération des syndicats d’Afrique du Sud (COSATU).

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