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Tapis rouge pour 100 millions de Chinois

Tapis rouge pour 100 millions de Chinois

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Dans les années 1970, on redoutait une invasion chinoise. Elle a lieu mais elle est pacifique. Une manne financière estimée à 344 milliards d’euros.


«Paris est une ville magnifique mais dangereuse : on risque sans arrêt de se faire voler son portefeuille, et puis il y a trop de touristes chinois. Partout. Au Louvre. À Montmartre. Par bus entiers ! » Ce petit commentaire prend toute sa saveur quand on sait que la jeune femme qui déplore la venue en masse de visiteurs de l’empire du Milieu dans la capitale française est… chinoise !

Su Wen, 31 ans, chargée de mission pour une banque à Shanghai, en est à son second voyage en Europe, où elle compte bien ne plus être considérée « comme une touriste chinoise ». « Dans les hôtels, on nous regarde avec méfiance. Combien de fois ne nous a-t-on pas parqués, mes amis et moi, à l’étage des autres touristes chinois, sous couvert d’un “service personnalisé” mais en réalité pour nous “canaliser” ? Beaucoup de nos compatriotes ont nui à notre image. Mais nous ne sommes pas tous aussi peu éduqués que cette femme qui, il y a un an, a jeté de la peinture verte sur le Lincoln Memorial, à Washington, ou encore ce fu er dai (gosse de nouveau riche) qui a défiguré un mur du temple de Louxor avec des graffitis ! Le tourisme est un concept neuf chez nous : la génération de mes parents n’avait même pas de jours de congé ; le samedi et le dimanche, cela date du milieu des années 1990 !

Alors les vacances, vous pensez, pour eux, c’est nouveau. Mais notre génération est différente, il est temps que les Occidentaux s’en aperçoivent ! »

Un avertissement à prendre en compte rapidement car l’enjeu est colossal : aujourd’hui, un touriste sur dix est chinois. L’an dernier, ils ont été 97,3 millions à sillonner la planète, dix fois plus qu’en l’an 2000, chiffre record pour cette clientèle considérée comme la plus dépensière du monde, qui consacre 45 % de son budget à son passe-temps favori : le shopping.

Plus précisément le shopping de luxe qui, pour 80 % des voyageurs chinois, vient même en tête des motivations lors d’un voyage à l’étranger. Et ce très loin devant d’autres intérêts d’ordre plus culturel...

À titre de comparaison, le panier moyen des touristes japonais représente 29 % de leur budget, suivi en troisième position de celui des Russes, 27 %. Le comité régional du tourisme de Paris note que, parmi les pays émetteurs de tourisme les plus dépensiers, la plupart sont en plein développement économique, comme la Chine, la Russie ou le Brésil.

Une chance pour la France

Tout est donc bon pour attirer l’invasion providentielle. C’était d’ailleurs l’un des sujets au menu de la visite qu’effectua, mi-avril, Fleur Pellerin en Chine. « Entre 2012 et 2013, a estimé la secrétaire d’État à la Promotion du tourisme, le nombre de nuitées que des visiteurs chinois ont passées en France a augmenté de 40 %. Et cette progression va se poursuivre ! »

En 2013, les Chinois pouvaient visiter 44 pays sans longues démarches d’obtention de visa. Les Américains ne s’y sont pas trompés : tout a été simplifié pour rendre les procédures d’obtention de visa plus faciles aux  Chinois désireux de visiter New York ou Washington : 900 points consulaires installés dans des banques, des centres commerciaux et répartis à travers tout le pays leur permettent désormais d’accomplir l’ensemble des démarches en un temps record.

La France s’est elle aussi mise au diapason : depuis le 27 janvier, date du cinquantième anniversaire de l’établissement de relations diplomatiques avec la République populaire, elle délivre des visas en seulement 48 heures aux visiteurs de l’empire du Milieu.

Une mesure dont les effets auraient déjà fait bondir les demandes de visa de 40 % ! L’enthousiasme est de mise : si la France, qui accueille aujourd’hui 1,5 million de touristes chinois annuellement, double ce chiffre, affirmait en mars dernier un conseiller du chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, sachant que chaque visiteur dépense en moyenne 1 500 euros, cela pourrait faire baisser de 6 % le déficit extérieur 1.

Quand un Chinois jette son dévolu sur un sac à main de luxe dans un grand magasin de Paris, cet achat est une exportation française. La France ne l’a certes pas expédié vers Pékin ou Shenyang, mais l’acheteur chinois est venu directement en prendre possession.

D’ailleurs, les grandes marques de luxe installées en Chine ne s’y trompent pas. C’est pourquoi elles n’hésitent pas à augmenter régulièrement leurs prix dans leurs boutiques européennes. « LVMH a haussé ses prix de 8 % l’an dernier sur les biens convoités par les voyageurs chinois : surtout la maroquinerie et les chaussures, faciles à rapporter dans leur pays d’origine », confiait ainsi au Financial Times, à l’automne dernier, Michele Norsa, directeur de Ferragamo.

Des touristes aisés et cultivés

À ceci près que, comme Su Wen, les nouveaux touristes chinois, s’ils ne rechignent pas à revenir chargés de sacs Chanel et Vuitton, commencent à dépenser leur argent différemment.
Et il faudra bien, là encore, s’adapter à la demande. Grâce à la croissance économique fulgurante de la Chine depuis dix ans, la classe moyenne supérieure chinoise dispose aujourd’hui d’un niveau d’épargne et de revenus élevé lui permettant de consacrer de plus en plus de temps et d’argent aux loisirs : shopping (vêtements de marque, high tech mais aussi vins, animaux de compagnie et voitures), sorties, activités sportives (clubs de sport, sports extrêmes) et bien sûr voyages.

Selon le cabinet de consulting américain McKinsey, la tendance ne fera que s’affirmer : les revenus des ménages urbains de la classe moyenne devraient doubler d’ici à 2022.

 

Pour ces touristes nouvelle génération, nés dans les années 1970, 1980, 1990, issus le plus souvent des grandes villes, Pékin, Shanghai, Canton ou Chongqing, le luxe ne se limite plus à la maroquinerie et aux accessoires de mode. Jeunes, aisés, souvent cultivés, ils rêvent d’un tourisme exclusif et, signe d’une société qui évolue, de programmes à la carte, individuels, mêlant culture et sensations fortes.

 

De nouveaux comportements

« Mes parents sont venus en Europe il y a quelques années, explique Su Wen. Ils en ont gardé de belles photos sur l’esplanade du Trocadéro, et puis devant Big Ben et le mur de Berlin… Mais c’est ringard ! Moi, j’ai réservé des cours d’œnologie près de Bordeaux [les cours sont dispensés en mandarin], puis je visiterai une fabrique d’huile d’olive du côté d’Aix-en-Provence Ensuite, j’irai faire le tour des châteaux de Bohême avec une halte aux sources thermales de Karlovy Vary. » 
Exit, donc, pour ces touristes nouveau genre, les visites façon marathon de papa et maman – vingt villes en douze jours...

 

Les Chinois  veulent désormais des produits haut de gamme, des découvertes exclusives et des voyages à thème. De quoi inspirer les tour-opérateurs qui, face à ce changement de cap, doivent faire preuve d’imagination pour satisfaire une clientèle de plus en plus exigeante.
Exigeante, certes, mais pas forcément plus adaptable que les groupes classiques. La chaîne Marriott a ainsi prévu une gamme de services entièrement dédiés à sa clientèle de l’empire du Milieu. Le supplément li yu (littéralement : « servir avec courtoisie ») donne ainsi droit à un accueil en mandarin, des produits de toilette avec des étiquettes en chinois, du porridge au petit déjeuner et des salles de karaoké.

 

Sans oublier ces petits détails qui changent tout, comme l’assurance qu’aucun siège, ni chambre, ni même bouton d’étage dans l’ascenseur ne comporte le chiffre 4 – qui se prononce comme le mot « mort » et porte malheur ! (Un casse-tête : la plupart du temps, le bouton du quatrième étage, dans les ascenseurs, porte la lettre F pour floor ou four.)

 

Plus loin, plus original, plus cher

Par-delà cette offensive de séduction, il faut aussi peaufiner une offre touristique hors des sentiers battus : vacances de ski au Canada, bird-watching en Nouvelle-Zélande, trekking en Islande, aurores boréales en Finlande ou pèlerinage sur les lieux de tournage de films mythiques… L’an dernier la ville américaine de Seattle a ainsi connu une augmentation de 90 % du nombre de ses visiteurs chinois, fans de la comédie Quand Pékin rencontre Seattle 2, dont l’héroïne – chinoise – va accoucher dans l’état de Washington. 

Mais le véritable nec plus ultra des Chinois fortunés, ce sont les excursions en Antarctique. Selon Qu Tanzhou, directeur du Bureau des expéditions polaires chinoises, 1 600 touristes auraient ainsi déboursé en 2013 la bagatelle de 199 000 yuans (23 000 euros) pour un séjour de deux semaines à la station arctique scientifique chinoise (baptisée bien sûr « Grande Muraille de Chine ») pour, selon la brochure, visiter « le dernier environnement marin propre sur la planète »...

Car même si, pour l’instant, seuls 5 % des Chinois possèdent un passeport qu’ils utilisent pour se rendre à Hongkong, à Macao ou vers des pays voisins d’Asie (comme la Corée du Sud ou la Thaïlande), ils sont désormais nombreux à s’aventurer de plus en plus loin.  Ce phénomène devrait encore s’accentuer : en 2020, selon une étude du Boston Consulting Group, le nombre de voyageurs chinois à l’étranger aura doublé et, en 2030, leurs dépenses pourraient atteindre 1 300 milliards d’euros.

L’envie d’insolite n’a pas de limites : à peine la société néerlandaise SXC avait-elle mis en vente début juin des billets pour des voyages spatiaux que son site était saturé de demandes. Quelques minutes dans l’espace à bord d’une navette volant à une altitude de 61 à 103 km ! De quoi séduire les plus exigeants des nouveaux globe-trotteurs chinois, mais aussi les plus riches puisque chaque voyage est vendu 70 000 euros l’unité…

 

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