Warning: Unexpected character in input: '\' (ASCII=92) state=1 in /home/gtajeune/www/libraries/gantry/core/utilities/gantryregistry.class.php on line 326

Warning: Unexpected character in input: '\' (ASCII=92) state=1 in /home/gtajeune/www/libraries/gantry/core/utilities/gantryregistry.class.php on line 339
Banque mondiale : Jim Yong Kim au chevet du monde

Banque mondiale : Jim Yong Kim au chevet du monde

Submit to FacebookSubmit to Google BookmarksSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Médecin et anthropologue, fondateur d’une organisation non gouvernementale et ancien de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Jim Yong Kim ne ressemble guère à ceux qui l’ont précédé à la présidence de la Banque mondiale. Choisi par Barack Obama en 2012, il dit vouloir réformer l’institution. Mais les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), lassés d’attendre qu’on leur accorde une place, ont choisi de créer une banque concurrente. Dans l’interview qui suit, il confirme sa volonté de lutter contre la grande pauvreté et les inégalités. Un vent nouveau soufflerait-il sur la Banque mondiale ? 

 

Quels sont, pour vous, les principaux obstacles au développement économique, et que fait la Banque mondiale pour les surmonter ?

 Nous avons deux objectifs : éradiquer l’extrême pauvreté et créer les conditions d’une prospérité partagée. Pour les atteindre, nous avons identifié trois grands chantiers : la croissance économique, la priorité donnée aux plus pauvres et la généralisation d’une forme de protection sociale. Sur le premier sujet, nous regardons attentivement ce qu’a fait la Chine : grâce à sa croissance, elle a fait sortir 600 millions de personnes de la pauvreté. 

Sur le deuxième sujet, l’idée est d’assurer un revenu, ou au moins un moyen de subsistance, aux personnes les plus pauvres afin qu’elles consomment à leur tour et contribuent à la croissance. Enfin, pour ce qui est de la protection sociale, nous insistons sur le fait que, même lorsqu’un pays connaît de beaux succès économiques, s’il n’en redistribue pas une fraction à sa population, il risque de retomber dans la pauvreté. C’est ce qui est arrivé en Corée du Sud dans les années 1990.

Ces objectifs étant posés, la question est de savoir comment les atteindre. En 1990, le pourcentage de personnes en situation d’extrême pauvreté était le même en Asie de l’Est, en Asie du Sud et en Afrique, soit 55 %. Aujourd’hui, l’Asie de l’Est est à 10 %, l’Asie du Sud à 30 % et l’Afrique toujours à 55 %.
Bien sûr, nous continuons à prêter de grosses sommes d’argent chaque année, mais nous voulons aussi comprendre pourquoi ces trois régions du monde ont évolué de façon si différente. Notre mission principale consiste à dire : « Voilà ce que nous avons appris depuis soixante-dix ans, voilà pourquoi certains pays sont parvenus à croître économiquement. »

 

Est-ce dans ce but que vous avez mis en place de nouvelles structures pour évaluer le succès des initiatives prises dans tel ou tel pays ?

Précisément. Chaque fois que j’ai voulu lancer un projet dans un pays en développement, dans mes fonctions précédentes, je me suis posé cette question : n’y a-t-il pas, ailleurs dans le monde, quelqu’un qui a mené le même genre de projet avec succès ? Autant il y a, dans les sociétés privées, des experts chargés d’étudier la façon dont d’autres sont parvenus à résoudre des problèmes particuliers, autant, dans les domaines comme la santé ou le développement, il n’existe pas de structures équivalentes.
C’est tout le problème ! C’est pourquoi nous essayons de mettre en place des groupes d’experts. Par exemple sur les questions énergétiques : quand une collectivité, en Inde ou en Afrique, veut installer un réseau de distribution électrique à partir d’un équipement solaire ou éolien, nous essayons de déterminer dans quelle autre région du monde de tels projets ont été montés avec succès.

Pour vous donner un exemple que je connais, il existe en Inde une institution médicale spécialisée dans le traitement des problèmes ophtalmiques, notamment la cataracte : l’Aravind Eye Institute. Avec infiniment moins d’argent que les structures semblables existant dans les pays riches, ils obtiennent des résultats tout à fait comparables.
Tous les pays du monde – y compris les États-Unis – devraient s’inspirer de cet exemple, mais aujourd’hui, qui est chargé de faire le relevé de ces bonnes pratiques et de les faire connaître ? Pas les universitaires, ils sont trop pris par leurs recherches. La Banque mondiale veut assurer cette mission.

 

Ce qu’on vous reproche, quand vous mettez en place cette réforme, c’est de donner trop de poids aux experts techniques et de négliger la compétence des experts locaux, qui connaissent la situation de chaque pays…

J’entends les critiques. On nous reproche de parachuter sur les pays des experts dont le seul souci est de vendre leurs solutions toutes prêtes. Croyez-moi, ça ne se passe absolument pas comme ça.
Ce matin encore, nous avons eu trois heures de réunion afin de savoir comment ces missions fonctionnent, pays par pays. Si les experts techniques étaient du genre à arriver avec leurs gros sabots et à chercher à imposer leurs vues, je vous assure que nous le saurions.

 

Vous parlez d’éradiquer l’extrême pauvreté. Mais qu’en est-il des gens moyennement pauvres ? Comme les intégrer à l’activité économique ?

C’est exactement la question que nous nous posons et c’est pourquoi je vous parlais de deux objectifs : sortir de l’extrême pauvreté et accélérer la croissance, avec pour ambition d’y associer les 40 % d’habitants de cette planète qui ont les plus faibles revenus. Nous étudions de près l’évolution de la situation de ces 40 %, en la comparant avec l’évolution de l’économie en général.
Notre rôle est de promouvoir des projets qui contribuent à la croissance tout en y intégrant les plus pauvres. Prenons encore un exemple : nous venons de publier une étude selon laquelle, en construisant 1 000 km de voies ferrées en Inde, on créerait 120 000 emplois tout en réduisant la pollution et les accidents de la circulation, et on générerait de la croissance. C’est à nous de promouvoir ce genre de projets.

 

Les inégalités sont-elles un sujet de préoccupation pour vous ou considérez-vous que, si tout le monde s’enrichit, peu importe dans quelles proportions ?

Tous les leaders politiques doivent se préoccuper de cette question. Aujourd’hui, même les très pauvres ont acquis une influence et expriment leurs exigences. Regardez les manifestations qui ont eu lieu au Brésil l’été dernier, alors que les dirigeants de ce pays essaient justement, depuis plusieurs années, de réduire les inégalités.

Au-delà de cet exemple, il y a eu cette année tout un phénomène autour du livre de Thomas Piketty, Le Capital au xxi e siècle. Sur 700 pages, il y en a une – et je dis bien une – dans laquelle il explique qu’il y a deux choses qui ont permis de réduire les inégalités : la diffusion du savoir et l’investissement sur les individus, dans le but d’améliorer leur formation et d’accroître leurs compétences.
Thomas Piketty en conclut qu’il faut augmenter la taxation des hauts revenus et créer une sorte d’impôt mondial, ce qui a fait polémique, mais ses méthodes de recherche et ses conclusions, elles, ne sont guère discutées : la plupart des gens admettent que plus l’économie croît, plus l’écart entre les bénéfices qu’en retirent les très riches et les autres, les salariés, augmente.

J’ai appelé Thomas et lui ai dit : « Dans votre livre, vous expliquez qu’il y a une façon de remédier à cela. Pourquoi n’y avoir consacré qu’une page sur 700 ? » Il m’a répondu qu’il manquait de données statistiques sur ce sujet précis mais qu’il avait la conviction que sa conclusion était la bonne. Je lui ai alors demandé si le rôle d’une institution comme la Banque mondiale n’était pas, précisément, de promouvoir la diffusion du savoir et d’inciter les États à investir dans la formation des citoyens. « Oui, m’a-t-il répondu, c’est une des conclusions que l’on peut potentiellement tirer de ce livre. »

Aujourd’hui, le capitalisme s’impose partout, y compris dans des pays communistes comme la Chine ou le Vietnam. S’il existe un moyen d’éviter que cela ne s’accompagne d’un accroissement des inégalités, alors c’est notre rôle de nous y consacrer.

 

Pensez-vous que démocratie et croissance économique vont forcément de pair ?

Par ses statuts, la Banque mondiale est une institution apolitique qui n’a pas vocation à interférer dans la politique intérieure des nations. Nous réfléchissons beaucoup aux questions d’ouverture et de transparence, nous insistons toujours sur l’importance du respect des lois, nous encourageons les gouvernements à donner accès à leurs chiffres comme nous donnons accès aux nôtres.
Mais la démocratie… Il y a tellement de façons de définir cette notion. Il est très difficile de répondre à une question théorique comme « La démocratie mène-t-elle à la croissance ? ». C’est presque un sujet universitaire.

 

Mais aimeriez-vous avoir un mandat pour promouvoir la démocratie ? Comment vous comportez-vous quand un pays réforme son économie sans se muer pour autant en démocratie ? La Chine, Singapour, l’Éthiopie, le Rwanda…

Quelle que soit la situation politique, même si un régime est très critiquable, il y a toujours des problèmes de pauvreté à résoudre. Quelques pays, comme le Venezuela ou la Corée du Nord, ne souhaitent pas travailler avec nous, ou très peu. Mais nous essayons de conserver des liens avec tous les États, cela fait partie de notre mission. Par exemple, à ce jour nous gardons de bonnes relations avec la Russie comme avec l’Ukraine.

 

La protection des droits de l’homme fait-elle partie de vos préoccupations ?

Encore une fois, cette mission n’est pas inscrite dans nos statuts, ce qui ne signifie nullement que nous ne nous en préoccupons pas. La lutte contre les discriminations est notre priorité. J’ai récemment décidé qu’un prêt que nous devions accorder à l’Ouganda allait être reporté. Ce pays vient d’adopter une législation très dure à l’encontre de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans) et je craignais que le prêt ne soit utilisé pour renforcer cette discrimination. J’ai reçu un soutien inconditionnel de mes administrateurs sur ce sujet.

 

Les pays émergents devraient-ils être mieux représentés dans les institutions créées à Bretton Woods, comme la Banque mondiale ?

Quand nos institutions ont été mises en place, l’idée était que les droits de vote devaient refléter l’importance des investissements de départ, mais aussi évoluer avec le temps. Les pays en développement ont plus de poids à la Banque mondiale qu’au Fonds monétaire international. Ce dernier essaie d’évoluer dans la même direction, mais pour l’heure il n’y est pas parvenu.

 

Parce que le Congrès américain a mis son veto…

Eh bien… oui. Mais la tendance est claire : les pays en développement vont avoir de plus en plus de poids. La Chine et l’Inde ont déjà beaucoup plus de pouvoir dans l’attribution de fonds aux pays les plus pauvres. La négociation est difficile parce que les membres du Bureau doivent donner leur accord. Ceux qui ont la majorité aujourd’hui n’ont pas envie d’y renoncer, et ceux qui affichent une forte croissance économique trouvent normal qu’on leur accorde plus de poids. Cette exigence est entendue par tous et je pense qu’au final, c’est ce qui finira par arriver.

 

Ne serait-il pas temps de permettre qu’un non-Américain devienne président de la Banque mondiale ?

Bien sûr que si, et je crois qu’on le permet déjà. On a écrit beaucoup de choses sur mon élection, mais je peux vous dire que j’ai vraiment dû faire campagne ! J’ai visité 35 pays, notamment en Afrique, et j’avais face à moi une candidate très compétente et crédible [la ministre nigériane des Finances et ancienne numéro deux de la Banque mondiale, Ngozi Okonjo-Iweala]. J’ai le sentiment d’avoir vraiment remporté cette élection. Et j’ai une idée très claire de la façon dont il faut agir pour réduire la pauvreté et partager les fruits de la croissance. Croyez-moi, je crois que je suis à ce poste pour une bonne raison. 

 

Ajouter un Commentaire


La Revue

Dossier du mois

La Revue sur FaceBook