Taïwan : danger

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Apparemment, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Tsai Ing-wen, la « douce » présidente nouvellement élue de Taïwan, a appelé Donald Trump au téléphone et il a répondu. Elle l’a félicité et il l’a remerciée. Pourtant la Chine a émis une « protestation solennelle » et de son côté Barack Obama s’est senti obligé de rappeler que « la politique constante des administrations américaines démocrates et républicaines était celle de la Chine unique ».

Politique initiée par le président Nixon, en 1972, qui a conduit à la reconnaissance de la Chine populaire en 1979 et à la rupture des relations diplomatiques avec Taïwan. Depuis, pour ne pas irriter la Chine, la totalité des présidents américains se refusent à tout contact direct avec leurs homologues taïwanais.

Donald Trump ne s’est pas privé de dénoncer l’hypocrisie qui consiste à lui reprocher d’avoir décroché son téléphone pour recevoir les félicitations de la présidente taïwanaise alors que son pays vend énormément d’armes à Taïwan. Effectivement, en quatre paquets, depuis 2008, Taïwan aura reçu pour plus de vingt milliards de dollars d’équipements militaires : avions, frégates, missiles sol-air, missiles anti-chars… la panoplie est à peu près complète. A chaque vente, les Chinois protestent, mais cela ne les empêche pas de continuer à recevoir les présidents américains et à développer massivement leurs échanges commerciaux avec les Etats-Unis ! La situation est peut-être ubuesque, mais elle peut aussi être considérée comme un miracle de la démocratie à la « Kissinger » puisqu’elle satisfait à peu près tout le monde. 

« Pourvu que cela dure » aurait dit la mère de Napoléon ! Il y a lieu de s’inquiéter - même si l’on est, comme moi, assez optimiste de nature - car le « Taïwan Relations Act » qui, depuis 1979, permet aux Etats-Unis de vendre des armes à Taïwan les engage aussi à résister à « tout type de coercition, y compris sous la forme d’embargo ou de blocus » s’exerçant contre le régime taïwanais. La supériorité militaire de la 7e flotte américaine en mer de Chine était telle, au moment de la signature de l’Act, que cet engagement était facile à prendre. 

Aujourd’hui, cette suprématie américaine n’est plus. La puissance militaire globale des Etats-Unis est certes très supérieure à celle de la Chine, le territoire américain ne risque rien ; mais, en mer de Chine, la marine américaine ne peut plus imposer tranquillement sa loi. En effet, les efforts militaires chinois récents ont porté, en priorité, sur les missiles sol-mer (y compris à pénétration balistique) et les porte-avions américains sont devenus vulnérables.

Dans ces conditions, si les Chinois décidaient le blocus de Taïwan pour faire plier son gouvernement et ramener l’île dans le giron réel de la Chine unique, le président américain serait soumis à un choix redoutable. Ferait-t-il tirer sur les navires de guerre chinois empêchant les navires de commerce de s’approcher des ports taïwanais ? Le ferait-t-il malgré la déclaration probable du président chinois précisant que toute action militaire en mer de Chine se traduirait par une riposte fulgurante contre les bâtiments de guerre américains ? 

L’équilibre de la terreur nucléaire étant ce qu’il est, le président américain ne pourrait pas menacer d’utiliser ce type d’armement. Alors que ferait-t-il ? Je ne sais.

Un pronostic toutefois : bientôt la mer de Chine sera…  chinoise. Entièrement. 

 

 

 

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