Tadmor, ou les méthodes nazies en Syrie

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Jeudi 1er décembre a été projeté au cinéma Nouvel Odéon, en avant-première, le film libanais Tadmor, de Lokman Slim et Monika Borgmann, qui vivent à Beyrouth.

Pendant la longue guerre civile qui déchira le Liban de 1975 à 1990, surtout à partir de l’intervention syrienne, de nombreux Libanais furent portés disparus. En fait, ils avaient été déportés dans des geôles syriennes, dont la plus atroce était celle de Tadmor, l’autre nom de Palmyre. Beaucoup de ces déportés périrent dans ces prisons, suite à l’effroyable traitement qu’ils subirent. D’autres devinrent fous. Certains enfin ont survécu.

Parmi ceux-là, il y en eut qui éprouvèrent la nécessité de raconter ce qu’ils avaient enduré. Ce fut, d’abord des représentations scéniques, avant de prendre la forme originale de ce film. Originale, parce qu’il ne s’agit pas de simples témoignages. Les survivants ont souhaité entrecouper ceux-ci de scènes où ils rejouaient, en une sorte de psychodrame, ce qu’ils avaient subi. Les sévices qu’ils ont enduré, jour après jour,  pendant des années, et qu’ils nous donnent à voir, sont au-delà des mots. 

La torture ici n’avait pas pour but d’extorquer des renseignements, ce qui n’aurait aucun sens après des années d’enfermement, mais d’avilir à l’extrême des êtres humains, de les réduire à l’état de déchet. Sans cesse frappés avec des gourdins, insultés, soumis à des actes ignobles et sadiques gratuits, telle était la norme quotidienne. La mort en devenait éminemment souhaitable.

 

Des nazis conseillers du régime

A quoi peut-on comparer ces geôliers ? Peu à peu, au fur et à mesure que le film se déroule, des souvenirs émergent, l’impression d’un certain déjà vu, ou plutôt souvenirs de lecture, celle par exemple du livre de Primo Levi, Si c’est un homme. Et le mot finit par éclater dans la tête, comme une évidence : nazisme. Il ne s’agit pas d’une métaphore, d’une figure de style. On l’a peut-être oublié, mais après la guerre, un certain nombre de cadres nazis trouvèrent refuge en Syrie surtout, mais aussi en Egypte. Le plus célèbre d’entre eux se nommait Aloïs Brunner, un des plus grands criminels nazis, collaborateur direct d’Adolphe Eichmann, responsable entre autre du camp de Drancy. Il se réfugia à Damas en 1970 et mit ses « compétences » au service de la famille Assad, conseiller des services secrets syriens. Il mourut en 2010 à Damas, après avoir réchappé à un attentat du Mossad où il perdit un œil.

Brunner ne fut pas le seul cadre nazi, qui se réfugia en Syrie ou dans les pays arabes. Ces anciens de la Gestapo ou des SS « formèrent » les cadres des services de répression de ce pays à qui ils inculquèrent leurs méthodes, qui consistent à traiter leurs victimes comme des « non humains », des Stuck.

Lockman Slim m’avait dit, quelques semaines auparavant, que tant que les Arabes ne s’étaient pas confrontés au phénomène de la Shoah, ils resteraient bloqués dans leur avancée. Je ne compris pas sur le champ ce propos. Ce n’est qu’en sortant de ce film que j’en saisis la profondeur ! En effet les peuples arabes, quand ils s’opposent à leurs gouvernants tyranniques, comme ce fut le cas en Syrie, sont immédiatement confrontés à l’abominable figure du nazisme, à l’horreur de leurs méthodes. 

Certains nationalistes arabes crurent utiliser des antisémites nazis dans leur guerre contre Israël. Ils se trouvent pris au piège qu’ils se sont tendus. 

On ne saurait trop féliciter Lokman Slim et Monica Borgman, pour leur œuvre salutaire. Paradoxalement, émerge de ce travail  une solidarité méconnue de destin entre peuple juif et peuples arabes. Il faut absolument aller voir le film Tadmor, malgré l’angoisse où il nous plonge, pour pénétrer cette vérité.

 

Pour en savoir plus : https://www.facebook.com/TadmorMovie/

 

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