Armes chimiques : de l’assassinat au crime contre l’humanité

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Le 13 février 2017, deux jeunes femmes projettent des gouttelettes de VX sur le visage du demi-frère ainé du dirigeant nord-coréen. Personne ne dispose d’atropine et probablement personne ne songe à utiliser cet antidote. La victime de l’agression meurt pendant son transfert à l’hôpital. Le monde s’émeut, le monde condamne.

Ce qui frappe surtout l’opinion mondiale c’est la forme de l’assassinat, tant le VX – le plus puissant des neurotoxiques – fait peur. Effectivement, les « performances » du VX sont spectaculaires : quelques milligrammes sur la peau suffisent à garantir la mort en l’absence de traitement. Cet assassinat avec un poison peu courant rappelle celui de l’ex-agent du KGB ayant bu une tasse de thé « enrichie » au polonium 210. Pour la très grande majorité des commentateurs, Kim Jong Un aujourd’hui, Poutine hier, sont dénoncés comme les commanditaires de ces crimes. Et la probabilité de leur implication est effectivement considérable.

Je n’ai aucune envie de sembler défendre ces dictateurs. Néanmoins, il me paraît juste de souligner qu’ils n’ont pas inventé l’assassinat politique ciblé. D’autre part, si l’on se met à la place de la victime, l’arme du crime n’a pas une très grosse importance : un coup de couteau dans le ventre peut faire souffrir autant qu’une semaine d’intoxication au polonium et probablement plus qu’un empoisonnement au VX.

Les armes chimiques sont interdites depuis le fameux traité de 1997 prohibant non seulement l’usage en temps de guerre – comme le faisait la Convention de Genève de 1925 – mais aussi la possession de ce type d’armement. Encore faut-il remarquer que la Corée du Nord n’a pas signé ce nouveau traité (comme la Syrie d’ailleurs), et d’un strict point de vue juridique, ce pays pourrait prétendre ne pas avoir violé ses engagements en fabriquant du VX.

En revanche, le Protocole de Genève s’impose à tous sans discussion juridique possible. L’usage des armes chimiques est formellement interdit en temps de guerre, or de multiples témoignages prouvent depuis des années que le régime de Bachar al-Assad utilise largement ce type d’armes. Dans ces conditions, le moins que le Conseil de sécurité puisse faire est de réagir et de condamner les responsables de ces crimes.

Tout à fait naturellement, une résolution a été proposée au Conseil de sécurité, le 28 février 2017, pour que les parties prenantes au conflit syrien rendent des comptes en matière d’utilisation de ces armes. D’une manière inhabituellement concrète, la résolution proposait des sanctions contre 11 responsables syriens (essentiellement des militaires) et 10 organismes ayant des liens avec la fabrication ou l’utilisation des armes chimiques en Syrie.

Mais Poutine veillait à préserver l’impunité du régime de Bachar : quelques heures avant la discussion sur le projet de résolution il déclarait que les mesures envisagées étaient « inopportunes », et au moment du vote, il mit son veto à la résolution entraînant la Chine dans son rejet. Amnesty International parle de honte, le mot ne me paraît pas trop fort.

On pourrait même, à mon sens, parler de complicité de crime de guerre. Assassiner un opposant politique est un crime. Assassiner aveuglément civils et combattants en utilisant des armes prohibées depuis près d’un siècle est un crime de guerre.

La répétition de ces actes fait que l’on se rapproche du crime contre l’humanité.  

 

 

 

 

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