Le Vietnam se cherche un modèle

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Le Vietnam serait-il en train de subir le retournement que connaissent d’autres pays émergents, y compris parmi les plus grands ? Longtemps considéré comme l’un des nouveaux « tigres » asiatiques, apparaissant dans tous les classements des pays prometteurs, le pays était souvent décrit comme la « Chine de demain ».

La comparaison commence à montrer ses limites. Les institutions internationales prévoient pour 2013 une croissance de 5,2 %, très honorable dans l’absolu mais insuffisante pour une économie émergente. L’inflation, qui atteignait des sommets en 2001, est encore de 8 % par an. Les faillites d’entreprises se multiplient (100 000 entre 2011 et 2012) et le système bancaire est miné par le poids des créances douteuses : 8,8 % officiellement, sans doute le double en réalité. Dans un récent rapport, l’agence de notation Fitch estimait que si le gouvernement voulait recapitaliser les banques, cela coûterait l’équivalent de 10 % du produit intérieur brut du pays.

Alors les autorités tâtonnent. En juin, la Banque centrale a abaissé son taux directeur à 7 % afin de faire baisser les taux d’intérêt. ­Problème : il s’agit du huitième ajustement en quelques mois, le précédent ayant consisté à relever le taux à 15 % pour enrayer l’inflation…

C’est en fait tout le modèle de développement privilégié par Hanoï qui pose question : plus que vers la Chine, c’est vers la Corée que les dirigeants vietnamiens se sont tournés, constituant d’énormes conglomérats censés devenir des géants nationaux, puis mondiaux. À ceci près que contrairement aux Samsung, LG ou Daewoo, les groupes vietnamiens sont publics et placés sous la tutelle de l’État, qui semble s’acquitter de sa tâche plutôt mal que bien. 

Symbole le plus célèbre de cette stratégie ratée : Vinashin, une entreprise de construction navale mise en faillite en 2010, et dont le patron a été condamné à vingt ans de prison pour sa mauvaise gestion. Le Premier ministre Nguyen Tan Dung, lui, avait failli y perdre sa place. Il l’a conservée, mais pour combien de temps ? Mi-juin, un tiers des députés ont signé une motion exprimant leur manque de confiance dans sa politique. L’événement fait suite à la publication d’une pétition signée par 72 membres éminents du Parti ­communiste appelant à des changements politiques et économiques. Et à un premier acte de contrition du Premier ministre qui, en octobre 2012, avait reconnu que l’État avait commis des erreurs dans la gestion des grandes entreprises.

Faut-il en conclure que le Vietnam est condamné à plonger avant même d’avoir ­décollé ? Il lui reste au moins deux atouts, et pas des moindres. Le premier tient au renchérissement des salaires moyens en Chine, qui a toutes les chances de profiter aux usines ­vietnamiennes, d’autant que le salaire moyen a aussi été relevé en Indonésie, autre grand fournisseur des industriels occidentaux. Le second vient du Japon, où le plan de relance initié en décembre 2012 par le Premier ­ministre japonais Shinzo Abe, les fameux « Abenomics », devrait provoquer de nouveaux investissements dans les pays voisins, Vietnam en tête, et faire grimper leurs exportations.

Pour Nguyen Tan Dung, tout n’est peut-être pas perdu. 

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