Boko Haram : Secte ou milice ?

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Marc-Antoine Pérouse de Montclos, professeur à l’Institut français de géopolitique­, fait le point sur les obscures revendications du groupe terroriste nigérian.

La Revue : Le mouvement Boko Haram demeure difficile à cerner, notamment sur le plan ­idéologique. 

Marc-Antoine Pérouse de Montclos : Boko Haram s’apparente beaucoup plus à une secte qu’à une milice jihadiste. Lorsque le groupe prône un ­respect strict de la charia, il s’inspire clairement de la vision wahhabite du mouvement Izala [Association pour l’élimination des innovations et l’application rigoureuse de la sunna], actif dans la région depuis le début des années 1980. À la différence que ses cadres se sont intégrés au jeu politique et ne contestent pas violemment la sécularité de l’État nigérian. 

La Izala n’est pas ­organisée autour d’un gourou, comme l’ancien chef de Boko Haram, ­Mohamed Yusuf, exécuté par la police nigériane en 2009. Le sectarisme de Boko Haram l’a tenu à l’écart de la classe dirigeante et des logiques de jihad global. 

 

Peut-on rattacher le phénomène Boko Haram à la longue « tradition » de conflits inter­ethniques et interconfessionnels nigérians ? 

Pas vraiment. À l’origine, Boko Haram ne ­combat pas les chrétiens du Nigeria. Il ne s’agit pas non plus de lutter pour accéder au pouvoir central, mais plutôt de réclamer une application plus stricte de la ­charia dans les États du Nord. 

Le ­mouvement, clairement sectaire, est né du rejet des grandes confréries soufies de Kano, à qui il reproche d’intégrer des éléments étrangers à ­l’islam, notamment à travers l’emploi d’amulettes ou le recours à des pratiques de transe.

 

Qu’est-ce qui a changé depuis l’exécution de Mohamed Yusuf ?

Jusqu’en 2009, Boko Haram était un mouvement qui avait pignon sur rue. Dans la ville de ­Maiduguri, on pouvait même rencontrer et ­discuter avec Mohamed Yusuf dans sa mosquée près de la gare. Entre 2003 et 2005, le groupe était même financé par le gouverneur de l’État de Borno, dans le nord-est du Nigeria. 

À l’époque, Mohamed Yusuf a accepté de ­participer à un comité ­gouvernemental sur la ­charia et a fait nommer un fidèle au ministère régional des ­Affaires ­religieuses. 

Son ­exécution et la répression militaire ont libéré tout le potentiel ­insurrectionnel de la secte. Le ­mouvement est devenu ­clandestin, puis a étendu son rayon ­d’action, notamment avec la fuite de cadres à l’étranger, qui ont été récupérés par une mouvance jihadiste plus globale. 

Enfin, le groupe a ­résolument opté pour le ­terrorisme, en ­s’attaquant aux ­populations civiles et en ­commettant des attentats-suicides. 

 

Au fond, quel objectif Boko Haram vise-t-il ? 

C’est très difficile à dire. Il y a bien le vague projet d’instaurer un califat ou une république islamique, mais on ne peut pas vraiment parler d’agenda politique précis, ni au niveau nigérian, ni au niveau régional. 

Il serait facile pour Boko Haram de faire basculer le pays dans la guerre civile, par exemple en ­s’attaquant aux minorités igbos chrétiennes du Nord. Or ces dernières ont jusque-là été épargnées. 

En réalité, Boko Haram est entré dans une logique de réaction à l’extrême violence de l’armée et des forces spéciales nigérianes, qui se comportent comme une véritable armée d’occupation dans le Nord. L’armée de l’air n’hésite plus à bombarder le territoire nigérian ! 

La répression a d’ailleurs largement favorisé le recrutement de nouveaux partisans.

 

Copyright photo : africanalyst

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