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Al-Qaida et le "syndrome Al-Baghdadi"

Al-Qaida et le "syndrome Al-Baghdadi"

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Partout émergent des groupes « labelisés » Al-Qaida, alors même que la direction centrale de l’internationale islamiste est ­affaiblie. Al-Baghdadi, chef d’Al-Qaida en Irak, compte bien en profiter. 

« Je dois choisir entre la loi de Dieu et la loi d’Al-Zawahiri. Je vais choisir celle de Dieu. » Abu Bakr al-Baghdadi, le ­leader de la cellule irakienne d’Al-Qaida ­depuis 2009, ne craint visiblement pas celui qui est en principe son ­supérieur hiérarchique, et ­n’hésite plus à le montrer. 

Retour sur les faits : au printemps dernier, Abu Bakr al-Baghdadi ­annonce qu’il est derrière la création de la fameuse milice ­syrienne salafiste Jabhat al-Nosra. Le commandant de cette dernière, ­Mohammed al-­Joulani, dément aussitôt ses liens avec Al-Qaida en Irak et prête ­allégeance à la maison-mère, et donc à Ayman ­al-Zawahiri. Cette décision est ­motivée par des considérations communicationnelles, Jabhat ­al-Nosra ne souhaitant pas être ­associée à la sinistre image de sa ­cousine ­irakienne, marquée par ­l’héritage ­sanglant d’Al-­Zarqawi. Quelques ­membres de Jabhat ­al-Nosra font alors scission et rejoignent ­Al-­Baghdadi sous la ­bannière d’une ­nouvelle entité irako-­syrienne : l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Mais ­Al-Zawahiri abonde dans le sens de son ­lieutenant syrien et exige en ­novembre la dissolution d’EIIL. ­Fermement ­rejetée, donc, par ­Al-­Baghdadi. ­Entre-temps, la quasi-­totalité des combattants étrangers de Jabhat al-Nosra ont rejoint EIIL, qui joue désormais un rôle de ­premier plan en Syrie. 

Al-Baghdadi chapeaute, de fait, l’action d’Al-Qaida en Irak et en ­Syrie : « Il occupe le terrain en ­Syrie. Les clés du conflit sont en partie ­entre ses mains et c’est ce qui en fera un acteur majeur ­d’Al-Qaida », ­affirme ­Jessica D. Lewis, de ­l’Institute for the Study of War. Plus étonnant encore, aucune décision d’Al-Zawahiri ne vient sanctionner l’insolence d’Al-­Baghdadi. 

C’est que ce terroriste énigmatique (il n’existe qu’une seule ­photo de lui), passé maître dans l’art du déguisement, a su se tailler une ­réputation à la mesure d’une ­ambition qu’on dit démesurée.

À son actif, la libération fin juillet de centaines de militants grâce à l’attaque de la prison ­centrale de ­Bagdad, l’administration d’un ­territoire de près d’un million ­d’habitants (la ­région de Raqqa, en Syrie) – ce qu’aucune cellule ­d’Al-Qaida n’a ­jamais réussi à ­faire – et, surtout, une relative ­indépendance financière grâce aux ­gisements de pétrole contrôlés dans le Nord de la Syrie. Dès lors, il devient difficile pour ­Al-Zawahiri – lui, ­l’intellectuel qui passe plus de temps à changer de cache qu’à planifier des actions – de sanctionner un élément aussi ­prometteur que ­menaçant pour sa propre autorité. 

Et puis, Al-Qaida n’est plus ce qu’elle était et c’est paradoxalement au moment où tous les observateurs ­remarquent une ­globalisation du jihad que la cellule ­centrale de l’organisation semble ­s’affaiblir. Signe qui ne trompe pas, ses responsables se font de plus en plus discrets dans la zone ­frontalière pakistano-afghane. Un ­commandant taliban ­révélait même que ses ­militants « ­roulaient ­encore en Land Cruiser et en pick-up ­double cabine il y a quelques mois, alors qu’ils ne se déplacent aujourd’hui plus qu’en moto ». 

Printemps arabes, situation ­générale de conflit entre chiites et sunnites, etc. Même du temps de sa splendeur, Al-Qaida n’aurait pu ­rêver circonstances plus favorables à ses desseins. Mais c’est précisément ce contexte qui condamne aujourd’hui l’organisation à l’éclatement. Lorsqu’il s’agissait essentiellement de frapper les consciences avec des attentats sanglants, la ­cellule ­centrale d’Al-Qaida se ­suffisait à ­elle-même. Plus encore, cet ­isolement était une des conditions du « succès » de ses ­opérations. Mais il est aujourd’hui temps – et les Printemps arabes en offrent l’opportunité – de s’intéresser au pouvoir, ce qui ­implique une ­nécessaire adaptation aux exigences locales. 

Telle une entreprise qui a gagné des parts de marché à l’étranger, ­Al-Qaida s’appuie opportunément sur des réseaux déjà existants, qui connaissent le terrain et ses particularités. Ces réseaux s’appellent Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), Al-Qaida dans la péninsule ­Arabique, Al-Qaida en Afrique de l’Est, Jabhat al-Nosra en Syrie, ­Ansaru au Nigeria et donc, EIIL. 

Difficile pour autant de considérer qu’Al-Zawahiri coordonne ­l’action de l’ensemble de ces ­groupes. L’organisation internationale semble vouée à ne plus devenir qu’un label, une franchise, que des milices plus ou moins attachées à la doxa ­salafiste essaient d’obtenir pour les besoins de leur communication et de leur ­recrutement : « La direction d’Al-Qaida continue de publier des ­déclarations mais se montre peu ­capable de diriger des opérations de manière centralisée », affirmait un rapport de l’ONU d’août 2013 et ­remis au Conseil de sécurité.

Peut-on s’en féliciter ? En 2011 Daniel Benjamin, le coordonnateur du contre-terrorisme au département d’État américain, se voulait optimiste : « La direction centrale d’Al-Qaida se démembre et a de plus en plus de mal à lever des fonds, à former des recrues et à préparer des attentats en-dehors de la région. » La collaboration américano-­pakistanaise n’est pas étrangère à ce ­déclin apparent. Malheureusement, la ­discrétion actuelle d’Al-Qaida s’explique plus par un phénomène de globalisation et de politisation du ­jihadisme salafiste. 

« Ce n’est pas l’ennemi auquel nous avons eu affaire en Irak, qui se contentait d’attentats. Il y a maintenant des objectifs ­territoriaux précis et une vision sur le long terme », observe l’analyste Jessica D. Lewis. Al-Baghdadi est celui qui a montré la voie...


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