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Qui combattre en Syrie ?

Qui combattre en Syrie ?

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D’abord accueillis comme une aide contre le régime Assad, les groupes jihadistes étrangers ne font plus l’unanimité au sein de la rébellion. Une milice, l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), est au centre de ces attaques. 

Début septembre 2013, une délégation ­arrive en secret à Damas : des civils d’Alep, représentants d’une frange de l’Armée ­syrienne ­libre (ASL). Ils ont obtenu des garanties pour leur sécurité et ­viennent rencontrer un membre de l’équipe rapprochée de Bachar al-Assad.
Leur objectif annoncé : faire émerger un dialogue entre le gouvernement et ceux des officiels de l’ASL qui « croient en une ­solution syrienne » au conflit. La délégation insiste sur quatre points : la ­nécessité d’un dialogue entre Syriens ; la ­protection des biens ­publics et ­privés ; la fin et la condamnation de toute attaque contre les civils sur des critères sectaires et ethniques ; la ­démocratisation de la Syrie lorsque l’ordre sera ­rétabli. Aucune demande ne concerne alors un départ de ­Bachar al-Assad, signe que la ­volonté de ­dialogue est ­réelle. 

Il faut dire que la situation sur le terrain s’est singulièrement ­dégradée. Forces loyalistes, ­Hezbollah, ASL, État islamique en Iraq et au Levant (EIIL), Jabhat al-Nosra... Les belligérants de ce qui n’est plus une simple guerre civile se sont multipliés ces derniers mois en Syrie, compliquant encore un peu plus l’équation. 

Les manifestations pacifiques du printemps 2011 qui appelaient simplement à la chute du régime baasiste n’ont jamais semblé aussi lointaines. La Syrie est aujourd’hui devenue l’épicentre d'une nouvelle guerre diplomatique entre Russes et Américains, et d’une guerre « chaude » régionale : celle qui ­oppose un peu partout dans le monde arabe chiites et sunnites. 

Et force est de reconnaître que les rebelles syriens ne sont pas tout à fait étrangers à cette évolution. 

L’arrivée en Syrie des premiers groupes jihadistes internationaux, plus ou moins affiliés à Al-Qaida, mieux équipés et plus disciplinés, a été accueillie avec une certaine bienveillance. D’autant que les grandes puissances, elles, ne cessent de tergiverser et hésitent alors à apporter un soutien logistique franc à la rébellion, ce qui, cercle vicieux, renforce la popularité et le poids des jihadistes de tout poil. S’ils ne partagent pas toujours leurs ­délirantes vues panislamistes, les combattants de l’ASL se disent que le régime tombera plus rapidement avec ces miliciens aguerris. 

Médias et opinions publiques occidentaux commencent alors à tourner le dos à une révolution qui prend d’inquiétantes teintes ­intégristes, au grand bonheur de ­Bachar al-Assad, dont la stratégie de diabolisation des rebelles ­fonctionne à merveille. Naïvement, l’ASL s’est laissé tromper par ­l’illusion d’un ­objectif partagé à court terme : le départ de Bachar al-Assad.
Mais c’était oublier qu’avoir un ennemi commun n’est jamais en soi un ­facteur de ­rassemblement, et que les jihadistes salafistes stipendiés par les ­monarchies du Golfe suivaient un agenda politique bien précis et ­assez différent de celui des combattants de l’ASL : la lutte contre les hérétiques alaouites et, pourquoi pas, ­l’instauration d’un État ou d'une ­administration islamique, partout où cela est possible. 

 

Lutte entre opposants

Et à mesure que ces groupes ­jihadistes s’installent et contrôlent des territoires de plus en plus ­importants, l’impression d’avoir été privés de leur révolution se fait irrésistible parmi les rebelles de l’ASL. Face à la justice improvisée de l’EIIL – notamment dans la ­région de Raqqa, où coups de fouet et ­décapitations tiennent lieu de peines ­judiciaires – la population ­commence à se révolter, d’autant que cette conception rigoriste de l’islam n’a jamais réellement séduit en Syrie. « A-t-on combattu un monstre pour permettre à des fous de prendre le pouvoir ? » Voilà en substance ce que se disent de plus en plus de Syriens, dont beaucoup estiment aujourd’hui que la priorité est la ­défense de la Syrie contre ces ­groupes. Quitte à s’allier ponctuellement au régime. Et ­quitte à ­remettre à plus tard la chute du tyran. 

Depuis le printemps 2013, il ­semble qu’une coalition ­principalement formée de rebelles syriens se soit enfin décidée à lutter contre les salafistes étrangers. Avec quelques succès : après de ­nombreuses escarmouches, l’ASL prend le QG de l’EIIL à Alep en ­décembre et fait le siège depuis ­janvier de la ville de Raqqa, ­administrée par les hommes d’Abu Bakr al-Baghdadi, le chef de l’EIIL.
Au point qu’Ayman al-Zawahiri, ­numéro un d’Al-Qaida, sentant que la situation lui échappe, appelle le 23 janvier à la fin de la « lutte ­fratricide entre ­jihadistes en Syrie ». Il ne fait alors que reprendre l’appel de détresse ­d’Al-Baghdadi, quatre jours plus tôt : « Aujourd’hui, l’EIIL vous demande d’arrêter de nous ­combattre et de vous concentrer sur les combats contre le régime. »

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre les négociations, plutôt frileuses certes, entre rebelles et gouvernement syriens ces ­derniers mois. 

La réponse du gouvernement à la demande de la délégation ­alepoise de l’ASL n’a pas tardé : il devrait ­effectivement y avoir un dialogue « au sein de la patrie syrienne » ; aucune condition ­préalable à ce ­dialogue ; et une ­immunité ­présidentielle assurée à tout homme de l’ASL prêt à ­participer à ce ­dialogue. Aujourd’hui, un nouveau ­développement est en vue : dans sept quartiers d’Alep contrôlés par les rebelles, les fonctionnaires civils peuvent retourner au travail, tandis que les institutions gouvernementales et les écoles ont rouvert leurs portes. L’aéroport d’Alep a lui ­récemment repris du service. 

 

S’asseoir à la même table

La conférence de Genève 2, dans cette optique, a été un demi-succès. Si les noms d’oiseaux ont fusé entre représentants du gouvernement ­syrien et membres de la Coalition nationale syrienne, et si la question du départ de Bachar al-Assad a ­empêché toute avancée concrète, elle a tout de même permis de ­valider le principe de négociations entre Syriens. Durant les prochains mois, il faudra observer de près l’évolution d’un autre grand dossier international : la détente entre les États-Unis et l’Iran, qui aura forcément un ­impact sur l’équation syrienne. 

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