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Arabie saoudite - Prince, diplomate et (presque) éternel­

Arabie saoudite - Prince, diplomate et (presque) éternel­

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Dans le jeu de chaises musicales de la famille royale saoudienne, Saoud al-Fayçal, ministre des Affaires étrangères depuis trente-neuf ans, paraît inébranlable. Pourtant il n’a pas connu que des succès.

En cette année 1975, les Américains se retirent du Vietnam, Gerald Ford et Valéry Giscard d’Estaing sont présidents, Leonid Brejnev règne sur l’URSS, les Khmers rouges massacrent à tout va, Michael Jackson entame sa carrière solo, David Beckham et Microsoft voient le jour et Saoud al-Fayçal est nommé ministre des Affaires étrangères du Royaume d’Arabie saoudite. Le fils du roi Fayçal, assassiné le 25 mars de cette même année, a alors 35 ans. Quatre décennies plus tard, le même détient au Livre Guinness des records la palme absolue de la longévité à ce poste. Malade, multi-opéré, ce prince polyglotte dont les apparitions de plus en plus rares sont celles d’un homme voûté au visage creusé et qui semble constamment à l’agonie paraît indéboulonnable. Pourtant, nombreux sont les diplomates en poste à Riyad à jurer que cette année 2014 sera, pour l’hôte du ministère-bunker de Nasseriya Street, la dernière. À force de le prédire depuis plus de dix ans, sans doute finiront-ils par avoir un jour raison.

Saoud al-Fayçal, 74 ans depuis le 2 janvier dernier, c’est une vie consacrée à maintenir dans l’escarcelle de l’Arabie saoudite la politique arabe des états-Unis – dont il aura connu, de Ford à Obama, sept présidents et, de Kissinger à Kerry, quatorze secrétaires d’État. Né à Taïef, petit-fils du roi Abdelaziz et fils du roi Fayçal, frère cadet de l’actuel prince héritier Nayef (78 ans) et frère aîné du prince Turki, qui fut longtemps le chef des services de sécurité, Saoud al-Fayçal est le neveu du souverain actuel, Abdallah, 92 ans.

 

La paix l’eau et le sable 

Autant dire que, dans le labyrinthe successoral de la gérontocratie familiale régnante en Arabie saoudite, il aurait pu, lui aussi, prétendre au trône. Mais cette position, dit-on, ne l’a jamais intéressé, lui que l’assassinat à bout portant de son père par l’un de ses cousins a marqué à vie. «Américain », le ministre des Affaires étrangères l’est depuis ses années de jeunesse : il fréquente la très select Hun School de Princeton, puis l’université de la même ville du New Jersey, dont il sort diplômé en économie en 1964. Dès son retour à Riyad, son père l’installe au sein du staff dirigeant de Petromin, l’organisme d’État chargé de gérer les contrats avec les compagnies pétrolières américaines.

En 1971, le voici vice-ministre du Pétrole, faisant ses classes auprès de l’incontournable Cheikh Yamani, ministre en titre de ce secteur-clé pendant un quart de siècle. Dernière étape enfin, en 1975 : après la mort brutale du roi Fayçal, son successeur Khaled nomme Saoud al-Fayçal au poste qui, aujourd’hui encore, est le sien. Ni le roi Fahd, souverain à partir de 1982, ni l’actuel monarque (depuis 2005) Abdallah ne remettront en cause ce choix.

Ce père de six enfants, capable selon ses hagiographes de parler sept langues (l’arabe, bien sûr, l’anglais, c’est une évidence, le français, un peu, comme en a témoigné Jacques Chirac, l’italien et l’espagnol, c’est possible, l’allemand et l’hébreu, cela reste à prouver), a eu à gérer tous les soubresauts de la région, des guerres civiles libanaises aux Printemps arabes en passant par la révolution iranienne, la guerre du Golfe, le 11 Septembre, l’Irak, l’Afghanistan, le conflit israélo-palestinien et le carnage en Syrie.

Influent sans avoir le dernier mot, plus exécutant que décideur, cet amateur de tennis, qui fut longtemps l’un des très rares dirigeants saoudiens à accorder des interviews, a, au fil des décennies, troqué son tropisme antisoviétique pour une obsession anti-iranienne totalement partagée par le Palais royal. Quitte à apparaître, lui qui se pique de nationalisme arabe, comme un allié objectif d’Israël. Le soutien public (et financier) apporté par Riyad aux islamistes syriens en guerre contre Bachar al-Assad entre dans le même cadre : celui du combat existentiel qui oppose le wahhabisme au régime des mollahs. 

Hormis ce qui précède, le bilan des trente-neuf ans de Saoud -al-Fayçal à la tête de la diplomatie saoudienne est faible. Dans un rare élan de sincérité autocritique, lui-même en convenait, fin 2009, dans une interview accordée au New York Times : « Je n’ai pas eu à connaître, en tant que ministre, de vraies satisfactions […]. Notre génération a échoué à faire exister un État palestinien viable. La paix, c’est comme de l’eau ou du sable dans votre main : si rien ne reste, rien n’a été fait. » Plus récemment, le prince a dû faire l’amer constat de deux échecs patents : la renonciation de Barack Obama à une intervention militaire directe en Syrie et la résistance opposée par ce dernier à l’établis-sement de nouvelles sanctions contre l’Iran. Sur ce dernier point, les pressions saoudiennes se sont conjuguées à celles exercées dans le même sens par le puissant lobby pro-israélien Aipac – en vain.

 

Rajeunir la classe politique

Personnage affable et non dénué d’humour, décrit dans un câble britannique révélé par Wikileaks comme « intelligent, mais sans doute moins qu’il le croit », le fils de Fayçal, dont la dernière apparition internationale remonte à la conférence de Genève 2 sur la Syrie fin janvier, se bat depuis des années contre la maladie de Parkinson et de vives douleurs dorsales. Opéré au milieu des années 1990, puis en 2002, en 2009 et en août 2012, le prince passe à chaque fois de longues semaines de convalescence en Californie.

Chaque fois, donc, surgissent les rumeurs de retrait et d’infinies spéculations sur sa succession. Son frère Turki, 69 ans, qui n’a toujours pas retrouvé de position officielle depuis son expérience calamiteuse à la tête de l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington, a un moment été donné pour favori. Jugé trop émotif et ingérable, il paraît hors course. Celui qui tient la corde aujourd’hui s’appelle Abdelaziz ben Abdallah, fils du roi, vice-ministre des Affaires étrangères depuis 2011 et manifestement placé là 
pour apprendre le métier. Les Américains, qui souhaiteraient un rajeunissement de la classe dirigeante saoudienne, plaident en sa faveur. Reste qu’Abdelaziz a 52 ans. Autant dire que dans le Jurassic Park régnant, ce quasi-gamin risque de devoir attendre que la mort de son père ou celle de son mentor lui libère la place.

 

State Dept. photo by Michael Gross

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