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« Quand je serai grand, je serai espion » - L'enfance de Vladimir Poutine

« Quand je serai grand, je serai espion » - L'enfance de Vladimir Poutine

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Qui est Vladimir Poutine? C’est souvent dans l’enfance que se trouvent les clés de la personnalité. Un livre de Mémoires, inédit en France, évoque un gamin bagarreur, fasciné par les romans d’espionnage et peu enclin à exprimer ses émotions. Retour sur la jeunesse de l’un des hommes les plus puissants du monde.

 

On a tout lu sur l’homme fort de la Russie, son passé au KGB, son ascension vers le pouvoir, son goût pour le sport. Les photos ne manquent pas.  Qui n’a pas admiré la musculature virile du maître du Kremlin, un jour fier cavalier, l’autre nageur émérite, dévalant les pistes noires de Sotchi ou encore sauvant une équipe de journalistes de l’attaque d’un tigre féroce ? 

Et pourtant, que sait-on de cet homme qui, soutenu par son peuple, défie l’Occident et attise le spectre d’un retour à la guerre froide ?

Un étonnant recueil de souvenirs de Poutine, sous forme d’interviews fidèlement retranscrites par trois journalistes, First Person - An Astonishingly Frank Self-Portrait  évoque la jeunesse peu connue du président russe.
Dans cet autoportrait, publié à l’origine en russe à la veille des élections présidentielles de 2000, Poutine s’exprime, mais aussi ses amis d’enfance, son institutrice, son épouse (dont il a depuis divorcé, en 2013), apportant un éclairage peu connu sur la jeunesse du petit Volodia (diminutif de Vladimir que nous adopterons dans ce texte pour parler de l’enfant et de l’adolescent), qui, selon ses propres termes, était un  "pur produit de l’éducation patriotique soviétique".

 

Un grand-père au service de Staline

Vladimir Poutine parle volontiers de son enfance, même s’il reconnaît ignorer en grande partie le passé de ses parents. Sa famille paternelle était très modeste. "Mon grand-père Spiridon était cuisinier. Un simple cuisinier. Mais sans doute était-il plutôt doué car, après la Première Guerre mondiale, il a travaillé pour la famille de Lénine, dans la banlieue de Moscou."

A la mort de Lénine, en 1924, Spiridon est embauché par sa femme, Nadejda, avant d’être, quelques années plus tard, transféré dans l’une des datchas de Staline, dont il aurait été le cuisinier. Spiridon est l’un des hommes que Poutine admire le plus. "Je me souviens bien de lui, dit-il, pour lui avoir souvent rendu visite des années plus tard, dans le sanatorium d’Ilinski, où il travaillait." 
De quelle nature était la relation entre le grand-père et le petit-fils ?  Le vieil homme lui parla-t-il de Staline ?  Poutine balaie l’idée. " Mon grand-père ne parlait pas du passé. Mon père non plus. À cette époque-là, les gens ne parlaient pas du passé."

Et embraie sur ses parents. "Son père, Vladimir Spiridonovitch, est né à Saint-Pétersbourg en 1911. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la vie était difficile dans les villes. Sa famille a déménagé dans le village de ma grand-mère, à Pominovo, dans la région de Tver. C’est là que mon père a rencontré ma mère, Maria." 

En 1932, le jeune couple est envoyé dans le cadre de la collectivisation à Leningrad, où il reçoit un appartement. Une distinction appréciée à l’époque. Maria Ivanovna Chelomova est ouvrière et Vladimir Spiridonovitch Poutine est enrôlé dans l’armée. 
"Quand la Grande Guerre patriotique [c’est ainsi que les Russes désignent le conflit qui les oppose à l’Allemagne nazie de 1941  944] a éclaté, mon père est parti au front, comme volontaire. Ma mère n’a pas voulu fuir.
Elle est restée chez nous avec mon grand frère Oleg, encore nourrisson. La vie était dure, mais ils n’ont pas fait appel à mon grand-père parce que, en ce temps-là, les gens ne demandaient pas de passe-droits. Mon oncle, officier naval, l’a aidée en lui donnant ses rations.
Lorsqu’il a été transféré hors de Leningrad, ma mère s’est retrouvée seule. Elle a connu la famine. Je n’exagère pas. Un jour, elle a perdu connaissance. Les gens, croyant qu’elle était morte, ont jeté son corps sur une pile de cadavres. Par miracle, elle a survécu."

 

Deux parents survivants

Tandis que Maria Ivanovna meurt de faim, Vladimir Spiridonovitch combat sur le front. Assigné dans un premier temps dans les  "bataillons d’extermination"  du NKVD (ancêtre du KGB), il participe à de dangereuses opérations de sabotage derrière les lignes ennemies. Puis il est envoyé dans la poche Nevski, sur la rive gauche de la Neva, sorte de Stalingrad en miniature que jamais les Allemands ne purent prendre malgré leurs efforts. Vladimir Spiridonovitch est grièvement blessé par une grenade.
"Ce fut un massacre monstrueux", précise Poutine. – Mais le prix à payer n’était-il pas démesuré pour un si petit terrain, lui demande la journaliste Nataliya Gevorkyan. "Pendant une guerre, répond alors Poutine, les erreurs sont inévitables. Au combat, si on passe son temps à se dire que les autres font des erreurs, on ne peut pas gagner. Il faut rester pragmatique et garder à l’esprit que l’on va gagner."
Le siège de Leningrad se poursuivra encore plus de neuf cents jours. Pendant lesquels Vladimir Spiridonovitch donne en secret ses rations alimentaires à Maria Ivanovna quand elle vient le voir à l’hôpital. Sans nourriture, lui continue de s’affaiblir. À la fin du blocus, en 1944, sur les 3 millions d’habitants que comptait la ville, 1,5 million sont morts de faim et de maladie  200 000 ont péri sous les bombes et 560 000 ont été évacués. Parmi les survivants  Vladimir Spiridonovitch et Maria Ivanovna.

Quand Volodia chassait les rats

C’est dire que, lorsque le petit Volodia pousse ses premiers vagissements à Leningrad le 7 octobre 1952, il est accueilli comme l’enfant de l’espoir. Le symbole d’une vie qui doit reprendre, coûte que coûte. Ses parents ont tous les deux 41 ans.
Ils ont souffert, beaucoup souffert, et portent les stigmates de la guerre. Vladimir Spiridonovitch, handicapé, boite et Maria Ivanovna se bat contre les carences dues à la malnutrition. Ils ont déjà perdu deux petits garçons, le premier né après leur mariage en 1928, le second, Oleg, emporté par la diphtérie pendant le siège de Leningrad, en 1942. 

Après la démobilisation, Vladimir Spiridonovitch, désormais ouvrier qualifié à l’usine Egorov de pièces détachées pour le rail et l’automobile, se voit attribuer en 1944 une pièce dans un appartement communautaire, 12, chemin Baskov, au centre de Leningrad.
"L’appartement qu’ils partagent avec deux autres familles, raconte Vera Dimitrievna Gourevitch, l’institutrice de Poutine, est sombre, glacial et insalubre. Il n’y a ni eau chaude, ni toilettes décentes.  On accède à la pièce des Poutine, au cinquième étage, par un escalier branlant auquel il manque des lattes." C’est là, sur ses marches, que le petit Volodia passera une bonne partie de son enfance. Avec les gamins du coin. Petit caïd parmi les petits caïds du quartier. 

Ses souvenirs sont vivaces. "Sur ces escaliers, j’ai compris une bonne fois pour toutes ce que signifiait être acculé. L’immeuble était envahi de hordes de rats, jusque devant l’entrée. Mes copains et moi passions nos journées à les chasser avec des bâtons. Un jour, j’en ai repéré un énorme que j’ai réussi à coincer dans un angle. Il était piégé. Mais tout à coup il a filé comme une flèche et s’est précipité sur moi. Tout s’est inversé. C’était le rat qui me poursuivait. Il a sauté sur le palier et a dévalé les marches. Heureusement j’ai été plus rapide que lui et je lui ai claqué de justesse la porte au nez. Je n’ai jamais oublié cette leçon."

Le petit Volodia a déjà 8 ans quand il entre à l’école. D’une part parce qu’il est né en octobre, d’autre part parce que l’école primaire démarre traditionnellement en Russie après l’anniversaire des 7 ans. 
"Je n’avais aucune envie d’aller à l’école. Je préférais jouer dans la cour de l’immeuble. Ma mère me laissait m’amuser dehors, à la condition que je ne m’éloigne pas. Je n’ai jamais désobéi. Sauf une fois. C’était en plein hiver et j’ai pris le train avec des copains. Nous avons quitté la ville et nous nous sommes perdus."
À son retour, le jeune vaurien reçoit une monumentale raclée paternelle à coups de ceinturon de cuir. 

"Contrairement à son mari, sévère et autoritaire, Maria Ivanovna était une femme douce et dévouée , tempère l’institutrice Vera Dimitrievna Gourevitch. Très pieuse, elle a insisté pour que le petit Volodia soit baptisé." Vladimir Spiridonovitch, communiste convaincu, membre du Parti, fermait les yeux devant les escapades de sa femme à l’église.
Des années plus tard, alors que Vladimir Poutine s’apprête à partir en voyage officiel à Jérusalem, sa mère lui glissera un petit objet dans la main sa croix de baptême pour la faire bénir. "Je l’ai mise autour de mon cou et depuis je ne l’ai jamais quittée" , raconte Poutine qui, aujourd’hui encore, demeure profondément croyant.

"Je ne détestais pas l’école. Tout du moins aussi longtemps que j’ai réussi à me faire respecter et à garder ma position de “leader silencieux”. Je n’essayais pas de commander aux autres. Je préférais garder mon indépendance. Si je devais aujourd’hui qualifier mon rôle de l’époque, je dirais que je privilégiais le judiciaire à l’exécutif. 
Mais cela n’a pas duré. J’ai vite compris que mes talents en cour de récréation et dans les rues ne suffiraient pas à m’assurer le statut social que je convoitais. J’ai donc décidé de travailler et de devenir bon élève. Avant, je n’étais qu’un cancre, un petit voyou. J’ai commencé à faire du sport vers 10 ou 11 ans.
J’avais compris que ma simple nature combative ne ferait jamais de moi le roi de mon quartier. J’ai donc démarré la boxe. Je me suis fait casser le nez. La douleur était insupportable mais j’ai refusé de voir un médecin. Je savais que cela guérirait tout seul. J’ai arrêté la boxe et démarré le sambo, une invention soviétique, mi-judo, mi-lutte… C’est à cette époque que j’ai commencé à m’entraîner régulièrement dans un gymnase près de chez moi. Sans le sport, je ne sais pas ce que j’aurais fait de ma vie. C’est le sport qui m’a sorti de la rue."

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