Je suis contre... les parallèles historiques stériles

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C'était, il y a quelques semaines, la micro-polémique française du moment : Axel Loustau, proche de Marine Le Pen et gros bras de l’extrême droite française, effectue-t-il un salut fasciste, voire nazi, sur une photo dévoilée par la presse fin novembre 2014 ? Le cliché, pris pendant la soirée des 40 ans de l’intéressé, le montre bras en l’air. Difficile de dire s’il salue simplement un ami ou s’il se prend tout à coup pour la réincarnation du Führer. Sur Internet, on s’écharpe sur le sujet. 

 

Question : en admettant même qu’on finisse par en avoir le cœur net, quel est l’intérêt ? Axel Loustau est un ancien du GUD, organisation étudiante d’ultra-droite à laquelle il a appartenu au tournant des années 1980-1990. 

Ayant eu le douteux privilège de fréquenter la même université que lui à la même époque, je peux témoigner directement que ses amis et lui professaient une réelle admiration pour le Troisième Reich et tendaient le bras plus souvent qu’à leur tour, quand ils ne faisaient pas le coup de poing contre les étudiants de gauche ou les mouvements de jeunesse juifs. Vingt ans ont passé, Alex Loustau milite maintenant aux côtés de Marine Le Pen, et certains adversaires du Front national croient discréditer ce parti et y dénichant çà et là quelques nazillons mal dégrossis.

L’intention me semble louable, mais la méthode est dramatique ! Quelle part de l’électorat FN changera son vote en apprenant que ce mouvement héberge quelques extrémistes violents, repentis ou non ? Une proportion infime, à mon avis. Dans un article récent, Fabien Escalona, qui enseigne les sciences politiques à Grenoble et s’est spécialisé dans « la reconversion des partis sociaux-démocrates », déplore l’usage fréquent et généralement sans pertinence d’expressions comme « le retour des années 1930 » ou « les heures les plus sombres de notre histoire ».

Croire que notre époque, parce qu’elle est marquée par une crise économique et une poussée des formations politiques d’extrême droite, est une réplique de l’entre-deux-guerres, est à la fois histo-riquement faux et stratégiquement improductif. « Pour comprendre une époque donnée, souligne le chercheur, le pluralisme des analogies historiques s’avère plus fécond qu’une vaine tentative de la rapprocher point par point d’une époque antérieure. »
Fabien Escalon évoque ainsi les années post-Waterloo, au cours desquelles la monarchie relevait la tête en Europe face à une France vaincue. Économiquement, il dresse un parallèle avec la crise de 1929, mais relève aussi les différences qui séparent cette dernière de la dépression actuelle. Notamment le fait que la crise de 1929 fut très intense tandis que celle qui a démarré en 2008 est moins violente, mais plus durable.

Les grands pays européens, rappelle encore le chercheur, étaient encore dans les années 1930 des empires coloniaux dans lesquels la classe ouvrière était un acteur majeur. Leur population était, pour une bonne part, rurale, et donc moins soumise à l’absolue nécessité de vivre grâce à un salaire. Bref, le monde a changé, les sociétés aussi, le jeu
politique également. Tous ceux qui combattent l’extrême droite ont, dans un coin de la tête, le souvenir des atrocités commises au xxe siècle par les régimes nazi ou fascistes. Mais il s’agit d’une source de motivation, pas d’une méthode de lutte. Et ce n’est pas un salut nazi, réel ou imaginaire, qui fera chuter le Front national. Les choses sont hélas plus compliquées.

 

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