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De Saddam Hussein à l’État islamique

De Saddam Hussein à l’État islamique

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De combien de vies dispose celui que les Irakiens surnomment « Abou Hamra », « Izzat le Rouge » ? Combien de fois l’a-t-on donné pour mort, capturé, suicidé, agonisant, maintenu en vie par transfusion, disparu ?


Celui qui, aujourd’hui, selon les services de renseignement occidentaux et le régime de Bagdad, mène aux côtés des jihadistes du « califat » de Raqqa l’insurrection qui ensanglante le nord de l’Irak est une sorte de miraculé.

Comment expliquer autrement que cet homme de 72 ans au teint diaphane, aux cheveux roux et à la silhouette décharnée flottant dans l’uniforme, ait pu survivre à la fois à une leucémie diagnostiquée il y a une vingtaine d’années et à la traque sans pitié longtemps menée par les forces américaines d’occupation au dernier carré des fidèles de Saddam Hussein – dont il est, aujourd’hui, l’ultime représentant encore en liberté ?

Depuis janvier 2013 et l’apparition sur YouTube de vidéos au cours desquelles il exhorte ce qui reste du parti Baath clandestin à combattre les « Safavides » (les Iraniens) de Bagdad, voue le clergé chiite aux gémonies et se présente comme le chef du « haut commandement du jihad et de la libération », il ne fait guère de doute qu’Izzat Ibrahim al-Douri fait cause commune avec l’État islamique (EI), même si son influence est probablement plus symbolique qu’opérationnelle.

 

Alliance de circonstance

Un partenariat d’opportunité qui n’est cependant pas sans effectivité sur le terrain : c’est en effet la milice sunnite de l’« Armée de la voie du Naqshbandi », créée par « Izzat le Rouge » après l’exécution de Saddam Hussein en décembre 2006, qui tient la plupart des villes prises par les katibas jihadistes. Encadrés par d’anciens officiers baathistes, les hommes qui la composent – en majorité issus des rangs de l’ancienne armée irakienne – ont une connaissance du terrain et des populations, ainsi qu’un savoir-faire en matière d’« épuration » que ne possèdent pas les cadres de l’EI.

Figure de proue en cavale, dont la tête a été mise à prix 10 millions de dollars il y a onze ans par le proconsul américain de l’époque, le calamiteux Paul Bremer, Izzat Ibrahim al-Douri n’a pas toujours eu l’étoffe du héros qu’il est devenu aux yeux des sunnites irakiens. Visage fermé, béret militaire vissé sur la tête, teint d’albinos, ce personnage sans relief a vécu pendant plus de trente ans à l’ombre de Saddam Hussein, en apparatchik pétrifié.

Né en 1942 à Al-Dour, bourgade des environs de Tikrit, à quelques kilomètres du village de son futur maître, il est tout comme lui d’extraction très modeste. Son père, qui vendait des pains de glace, le mit au travail alors qu’il avait 12 ans. Membre du Baath au début des années 1960, il est de ceux qui, le 17 juillet 1968, assiègent le palais présidentiel de Bagdad et en chassent le général Aref, ouvrant la voie du pouvoir au tandem Hassan al-Bakr – Saddam Hussein.

 

Obéissant et efficace

Président de la Cour de justice révolutionnaire en 1972, chef de la Garde républicaine, ministre de l’Intérieur, l’obéissant et efficace Al-Douri, introverti et sans ambition, accède en 1980 au poste de numéro deux du Conseil de commandement de la révolution. Il est le serviteur zélé de Saddam et son émissaire favori dans les pays du Golfe, sa caution traditionaliste et religieuse aussi, du fait de sa proximité avec les chefs de tribus et les imams du « triangle sunnite ». Pendant la première guerre du Golfe, le désormais général Al-Douri est l’un des rares dignitaires du régime, avec Taha Yassin Ramadan et Ali Hassan al-Majid, à demeurer presque constamment auprès de son mentor. En mars 1991, c’est donc à lui que Saddam confie la tâche de ramener l’ordre baathiste dans la ville chiite rebelle de Nassiriya. Sous son commandement, une colonne infernale de la Garde républicaine massacre sans discontinuer pendant trois jours les insurgés et leurs familles.

 

Clandestin depuis 2003

Commandant en chef de la zone Nord lors de l’invasion de l’Irak début 2003, « Izzat le Rouge » bascule dans la clandestinité avant même la chute de Bagdad, le 9 avril. Très vite, le « Roi de Trèfle » dans le jeu de 55 cartes distribué
par les Américains pour identifier leurs principales cibles devient le plus haut dignitaire encore en fuite du régime déchu. Sans doute a-t-il su, mieux que d’autres proches de Saddam, réactiver les vieux réseaux dormants du Baath ainsi que ses liens tribaux et religieux, depuis longtemps décloisonnés de l’appareil sécuritaire « visible ».
Depuis lors, Izzat Ibrahim al-Douri évolue dans la clandestinité entre Mossoul, Kirkouk, Tikrit et Samarra. Début septembre 2004, le ministère irakien de la Défense affirme avoir mis la main sur lui, alors qu’il venait de subir une transfusion sanguine dans une clinique d’Al-Dour. L’information, qui fait la Une des médias, tient une semaine avant que Bagdad avoue piteusement n’avoir arrêté que l’une des filles et l’une des quatre épouses du fugitif. Un an plus tard, un communiqué du parti Baath annonce qu’Izzat Ibrahim al-Douri, « chef
de la résistance et des résistants moujahiddines est mort ce vendredi 11 novembre à 2 h 20 ». Sans que l’on sache très bien qui manipule qui dans cette affaire, l’avis de décès, rapidement mis en doute par les experts, est faux. En octobre 2007, Al-Douri réapparaît à Damas aux côtés de Maher al-Assad, le frère cadet de Bachar. Il se fait soigner dans la capitale syrienne, tout en se livrant à une lucrative contrebande de pétrole. Puis c’est à nouveau le silence jusqu’en janvier 2013 et la première d’une série de vidéos sur YouTube, appelant à « l’insurrection sacrée » contre « le safavide Nouri al-Maliki ».

Personne ne sait, aujourd’hui, où se trouve Al-Douri ni si sa santé – qui ne semblait pas si mauvaise sur les vidéos – lui permet de jouer un vrai rôle décisionnel auprès du « calife » Al-Baghdadi. Au confluent des identités baathiste, sunnite, soufie (la confrérie des Naqshbandi dont il est le bailleur de fonds est très puissante dans les régions de Kirkouk
et de Mossoul), il apporte à l’EI son indéniable influence sur tout ce que l’Irak compte de nostalgiques de Saddam Hussein.

Mais à la différence des jihadistes, Al-Douri est un nationaliste en quête de revanche qui se revendique d’une certaine légitimité historique et politique en Irak. Son alliance avec les islamistes est donc, à l’évidence, de circonstance. Une position précaire qui est aussi un avantage : dans le maëlstrom irakien, où tous les retournements sont possibles tant les issues paraissent étroites, le « Roi de Trèfle » pourrait réapparaître sur l’échiquier en joker inattendu. À condition que Dieu lui prête une énième vie. 

 

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