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Les trois piliers de Francis Fukuyama

Les trois piliers de Francis Fukuyama

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L’économiste américain a été victime de son succès lors de la publication, en 1992, de La Fin de l’Histoire et le Dernier Homme, devenu rapidement un best-seller mondial. Beaucoup ont accueilli sa thèse avec ferveur, comme une apologie du libéralisme, en retenant seulement l’idée que l’extension mondiale de la démocratie libérale signifiait la fin de l’Histoire.

Or, l’analyse était plus nuancée et plus stimulante que cette lecture réductrice. Elle appelait des travaux ultérieurs que Fukuyama présente aujourd’hui dans le premier tome – 672 pages – d’une histoire politique des sociétés : The Origins of Political Order, traduit en français par les soins des Éditions Saint-Simon sous le titre Le Début de l’histoire : des origines de la politique à nos jours.

Son point de départ est que la démocratie ne garantit pas à elle seule la stabilité politique, qu’elle peut devenir une source de déséquilibre dans certains contextes. Pour qu’une société fonctionne bien, il faut la présence simultanée de trois composantes : un pouvoir central fort, un État de droit et la démocratie. L’émergence de la démocratie à la fin du XVIIIe siècle rend possible un équilibre politique, mais elle ne le garantit pas.

Ces trois piliers peuvent s’articuler de diverses façons et l’accroissement de la richesse depuis deux siècles a accéléré le processus de développement politique, mais ne l’a pas rendu plus facile. Ce qui importe le plus, c’est l’ordre d’apparition de ces piliers. Les pays qui se démocratisent avant de devenir des États de droit sont voués à l’échec. C’est ce qui s’est passé dans bien des régions de l’Afrique. Au Japon ou en Corée du Sud, au contraire, un gouvernement central traditionnellement fort a précédé la démocratie, ce qui a permis à l’État de faire face aux diverses aspirations populaires et aux conflits qu’elles peuvent engendrer.

Mais demander aux peuples qui aspirent à la démocratie d’attendre que l’État se renforce, c’est leur demander de vivre sous la férule d’un État autoritaire en l’absence de démocratie et c’est parfois insupportable, comme l’a montré le Printemps arabe. D’où le dilemme : nous vivons une époque où la démocratie est notre impératif, mais nous découvrons qu’il faut parfois la remettre à plus tard !

Par ailleurs, réaliser la séquence dans le bon ordre demande le plus souvent un choc exogène, la guerre, par exemple, qui renforce l’État après la fin du conflit. C’est ce qui s’est passé après les deux guerres mondiales. En revanche, selon Fukuyama, les politiques d’Amérique latine sont souvent désastreuses parce que ce continent est resté largement à l’écart des conflits mondiaux. Moins de guerres implique un État plus faible, ce qui à son tour entraîne de l’instabilité politique. Bien évidemment, certaines formes de violence sont tout à fait néfastes. En Afrique, le pouvoir colonial a utilisé la violence quand il aurait dû développer les capacités locales d’administration. Et la même erreur a été faite en Afghanistan et en Irak.

L’analyse de l’auteur s’applique également aux pays émergents. L’Inde, par exemple, du fait de son histoire coloniale, dispose d’un État de droit et de la démocratie, mais l’autorité de son pouvoir central est relativement faible.
Deux piliers sur trois, c’est déjà bien, mais cela reste insuffisant. La Chine, au contraire, par sa propre histoire, dispose d’un pouvoir central fort, mais d’un État de droit et d’une culture démocratique plutôt faibles. Même si les signes actuels ne sont guère encourageants, ce pays pourrait finir par s’engager dans une voie démocratique.

Quant aux États-Unis, ils étaient une démocratie bien avant de disposer d’un État central ayant quelque pouvoir. Il a fallu une guerre civile et des décennies de réformes pour changer la donne. Les héros américains de Fukuyama sont les progressistes qui ont construit une administration efficace, un système fiscal et des infrastructures fédérales. Sur cette base, Theodore Roosevelt est autant le père de la nation que George Washington ou Abraham Lincoln.

Mais rien n’est gagné. La longue période de paix depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a engendré une certaine difficulté de gouvernance de la société américaine. Le respect du droit et de la démocratie l’emportent sur la compétence administrative. Sans choc externe (une guerre avec la Chine ?), les luttes partisanes et les disputes légalistes continueront d’affaiblir le pouvoir d’État tout en favorisant la capture de ce pouvoir par les élites.

Il ne faut d’ailleurs pas confondre la force de l’État et son extension. Réduire la place de l’État ne doit pas le priver de sa capacité de gouverner. C’est le paradoxe de la maturité politique : il faut un contrôle étatique fort pour réduire l’espace contrôlé par l’État, sinon il devient bureaucratique et oppressif.

Au cœur de ce livre, on découvre une opposition qui n’est pas complètement surmontée entre le positif et le négatif de la démocratie. Le positif, c’est la dignité. Le négatif, c’est la contrainte. La vraie stabilité politique résulte d’un équilibre entre les deux. Ce qui implique que ceux qui contrôlent le pouvoir gouvernemental respectent ce pouvoir. Ce n’est pas le cas actuellement : les institutions que les Américains aiment sont celles qu’ils contrôlent le moins alors qu’ils détestent le Congrès, la seule instance qu’ils contrôlent.

La stabilité politique ne dépend pas seulement de l’histoire et de la géographie, les choix stratégiques restent essentiels. Le Costa Rica est plutôt une success story parce que ses responsables politiques ont fait les bons choix. L’Argentine a gâché ses atouts en faisant les mauvais choix. Et tout cela demande du temps… Les États-Unis ont mis plus d’un siècle pour mettre leur pays en ordre.

Et le temps pourrait manquer, compte tenu de la vitesse du changement technique et des risques écologiques. Les États n’auront peut-être pas la capacité d’y faire face. Les chocs, les guerres du XXIe siècle, peuvent aussi bien réduire que développer l’autorité des gouvernements. La fin de l’histoire pourrait être sombre.

Commentaires   

 
0 #1 jacques Bayiha 09-06-2015 10:49
la fin de l'histoire de Francis Fukuyama est-elle une continuité de la fin de l'homme. comment ce fait-il qu'après avoir fait de la démocratie libérale le régime politique le plus garant de la nature humaine, il arrive par se désengager de son propre libéralisme. l'histoire telle que conçue par lui devrait se parachever par le libéralisme, mais il se rend compte que la biotechnique revient dynamiser l'histoire par l'utilisation de la technoscience. à lire la fin de l'homme, on se rend compte que la menace à la démocratie libérale est à présent la science et la technique et non plus le communisme et le socialisme.
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