Quels amis pour Washington ?

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S’il est une chose que les Américains devraient avoir apprise des récentes guerres, c’est qu’ils n’ont ni la sagesse, ni les ressources, ni l’endurance suffisantes pour imposer une solution politique au Moyen-Orient.

Il n’y a pas si longtemps, Washington voulait mettre en place des démocraties prospères en Afghanistan et en Irak. Aujourd’hui, savoir que ces deux pays ne s’effondreront pas lui suffirait. Au bout du compte, Barack Obama, dans ce monde qu’il a qualifié de « chaotique », s’est contenté d’éviter d’agir stupidement. Et pourtant, le président américain a décidé de mener une politique plus ambitieuse, et affirmé en septembre qu’il fallait détruire l’État islamique (EI). Déclaration suivie dans la foulée de frappes aériennes.

Cette promesse est bien optimiste à un moment où les États-Unis ont avant tout besoin d’une stratégie réaliste. Obama devrait s’inspirer de la politique du Royaume-Uni vis-à-vis du continent européen au fil des siècles : chaque fois qu’une puissance était en passe de dominer l’Europe, le pays, sans allié constant, a mis tout son poids dans une coalition d’opposition. Une stratégie connue sous le nom de « offshore balancing » (équilibrage des forces à distance).

Les États-Unis pourraient très bien jouer un rôle similaire. Ils ne sont pas en position d’arrêter le conflit entre sunnites et chiites et n’ont pas les moyens de parvenir à un règlement politique qui apporterait une vraie démocratie en Syrie ou une gouvernance responsable en Irak. Ils pourraient en -revanche empêcher l’État islamique ou le régime de Bachar al-Assad de remporter une victoire décisive. Certes l’EI s’étend en Syrie et en Irak, mais il demeure idéologiquement peu attrayant. Et il est vulnérable aux attaques aériennes et aux contre-offensives terrestres menées par les alliés régionaux. Ces derniers n’ont guère d’autre choix que de tout faire pour mettre fin aux intentions meurtrières du « califat ». 

Washington n’a pas d’amis ni d’ennemis permanents dans ce conflit sectaire. Bien sûr, il aimerait soutenir des groupes, comme les Kurdes et le gouvernement de Bagdad. Bien sûr, il a des intérêts communs avec les producteurs de pétrole du Golfe. Certains de ces pays ont même participé aux frappes aériennes sous commandement américain le 22 septembre en Syrie. Mais peu d’entre eux sont de véritables démocraties. 
Tous ont contribué à déclencher l’incendie, et tous ont soutenu des extrémistes violents à un moment ou un autre. À l’inverse, alors qu’ils ont toujours considéré l’Iran comme leur adversaire principal, les États-Unis partagent aujourd’hui avec Téhéran l’objectif de vaincre l’EI. Appliquer l’offshore balancing au Moyen-Orient impliquerait de ne pas anéantir l’État islamique. Est-il d’ailleurs nécessaire de le détruire ? Une telle opération pourrait profiter à Bachar al-Assad. 

Les Américains aiment les conclusions claires et définitives, un peu comme l’effondrement de l’Union soviétique. Pourtant, on ne peut guère se retirer d’un monde qui échappe à tout contrôle. L’offshore balancing s’inscrit dans la durée. Lui seul peut mettre en œuvre ce qu’il promet.

 

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