Rapport sur la torture : le silence du monde musulman

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Les réactions scandalisées à travers le monde se sont très vite fait entendre après la publication du rapport du Sénat sur les actes de torture commis par la CIA. On a, en revanche, entendu peu de dénonciation de la part des Etats dont les ressortissants constituent pourtant le gros des détenus : les Etats du Moyen-Orient.

Et pour cause : beaucoup de ces pays ont eux-mêmes plus ou moins assisté les Etats-Unis dans leur « guerre contre la terreur ».

Entre ceux à avoir simplement ouvert leur espace aérien à la CIA pour des transferts de détenus vers les fameuses prisons secrètes, et ceux qui ont activement participé aux interrogatoires de présumés terroristes, peu de pays musulmans peuvent se targuer de ne pas avoir collaboré avec les services américains.

Dès 2007, un rapport du CICR nous apprenait que le Pakistan, l'Egypte, l'Arabie saoudite et la Jordanie se voyaient régulièrement « sous-traiter » les interrogatoires de terroristes soupçonnés par la CIA, procédure connue sous le nom d'extraordinary rendition. Par ces transferts de prisonniers hors cadre judiciaire, les Etats-Unis échappaient ainsi à leurs propres règles en matière carcérale.

Si on ne s'étonne pas de la complicité de ces vieux partenaires stratégiques de l'Amérique, on est plus surpris de la collaboration d'autres régimes, à la rhétorique anti-impérialiste. Bachar al-Assad, aujourd'hui pointé du doigt par l'Occident pour ses méthodes sanguinaires, a ainsi mis à la disposition de la CIA, au moins jusqu'en 2009, le savoir-faire de ses services secrets en matière d'interrogatoires musclés. Le cas de Maher Arar, Canadien d'origine syrienne arrêté en 2002 à l'aéroport JFK de New York et transféré à Damas dans la foulée à la demande des Américains, est emblématique. Accusé à tort d'être lié à Al-Qaïda, il a été relâché après avoir subi un an de torture en Syrie...

De même, la Libye kadhafiste, pas spécialement attachée aux droits de l'homme, a accueilli nombre de détenus d'origine libyenne, souvent « interrogés » sous la supervision d'un agent américain ou britannique. Si certains pays comme l'Algérie se sont contentés d'autoriser des transferts de détenus, beaucoup d'autres ont donc carrément permis aux services américains de délocaliser et de superviser les interrogatoires sur leur territoire.

La fondation Open Society révélait en février 2013, dans le rapport « Globalizing torture », le détail de ces complicités à l'étranger, notamment au Moyen-Orient. Outre les pays déjà cités, on trouve le Yémen, les Emirats arabes unis ou la Turquie. On comprend, dès lors, le silence de la plupart des Etats à majorité musulmane sur le sujet de la torture par la CIA.

Sans compter que la plupart de ces Etats ont eux-mêmes souvent recours à l'accusation commode de terrorisme pour neutraliser toute contestation politique.

A la publication du rapport du Sénat, Robert Fisk, grand reporter britannique, avançait que les révélations du rapport ne provoqueraient aucune réaction chez les musulmans, « premières victimes et donc premiers témoins de ces sévices depuis longtemps ».

« L'affaire » des prisons secrètes de la CIA n'en est pas une dans le monde musulman.  

 

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