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Khalifa Haftar : Sauveur de la Libye ou nouveau Kadhafi ?

Khalifa Haftar : Sauveur de la Libye ou nouveau Kadhafi ?

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Nommé à la tête de l'armée « régulière » libyenne, le général Haftar se présente en rempart contre les islamistes et en garant de stabilité. Mais son passé tortueux suscite quelques inquiétudes.

Depuis 2014, il était déjà peu ou prou le maître de la moitié orientale de la Libye. Le 9 mars 2015, le général Khalifa Haftar, 72 ans, est aussi devenu très officiellement le chef suprême de l'Armée nationale libyenne (ANL), force composite formée de beaucoup d'anciens officiers de l'ère Kadhafi, de soldats fédéralistes militant pour l'indépendance de la Cyrénaïque et d'une pincée de combattants tribaux.

Déficit de légitimité
Quant à déterminer si l'ANL doit être considérée comme l'armée « officielle » du pays, la question est difficile à trancher. Certes, le général Haftar a prêté serment, le 11 mars, devant la Chambre des Représentants (CR), qui siège à Tobrouk, laquelle a été qualifiée fin 2014 par l'envoyé spécial des Nations unies pour la Libye, Bernardino Leon, de « seul organe légitime du pays ». Mais ce parlement, issu d'élections organisées en juin 2014 puis invalidées par la Cour suprême libyenne, est directement en concurrence avec le Congrès général national (CGN), élu en 2012 et installé, lui, à Tripoli.

Deux parlements, donc, et aussi deux armées : de même que la Chambre des représentants s'appuie sur les forces du général Haftar, le Congrès général national est adossé, lui, à l'Aube de la Libye (AL), force constituée pour partie d'anciens révolutionnaires anti-Kadhafi, mais aussi de groupes islamistes jugés « modérés » (par contraste avec les troupes affiliées à l'Etat islamique), souvent proches des Frères musulmans. La carte ci-contre illustre bien la situation actuelle de la Libye, pays coupé en deux dans le sens est-ouest et grignoté, au sud, par quelques mouvements radicaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Difficile d'y voir clair, c'est le moins qu'on puisse dire, surtout pour les Occidentaux qui se demandent quel camp soutenir, hésitant pour schématiser entre la peste islamiste et le choléra kadhafiste. La présence de l’expérimenté général Haftar aux côtés du parlement reconnu par la communauté internationale pourrait rassurer. Mais plus on scrute le parcours de cet officier, plus les certitudes ont tendance à s'effacer.

Un ancien de la CIA
Khalifa Haftar a d'abord été, en 1969, l'un des jeunes militaires qui ont aidé Mouammar Kadhafi à s'emparer du pouvoir. Grimpant rapidement les échelons hiérarchiques, l'officier n'a cessé de se rapprocher du « Guide », qui parlait de lui comme de son « fils ». Jusqu'en 1987. Nommé commandant en chef, Haftar est à la tête des troupes qui disputent aux Tchadiens (soutenus par la France) le contrôle de la bande d'Aouzou, zone frontalière entre les deux pays. Les Libyens sont défaits, le général capturé en compagnie de 400 hommes. Furieux, Kadhafi le désavoue.

Le « fils spirituel » se mue alors en opposant, et prend la tête d'un mouvement anti-Kadhafi basé au Tchad et soutenu par la CIA : le National Front for the Salvation of Libya. Le but est de renverser le Guide qui règne à Tripoli, mais encore une fois les choses tournent mal : en 1990, le président tchadien Issène Habré est déposé par Idriss Déby et la CIA évacue en catastrophe Haftar vers le Zaïre, puis aux États-Unis, où il devient citoyen américain. Le général y restera vingt ans, confortablement installée dans une belle maison de Virginie. Ses ennemis affirment que, malgré leurs différends, Kadhafi lui a versé une rente annuelle de 200 000 dollars jusqu'en 2005. Haftar jure pour sa part que les versements ont cessé dès 1993. Autre accusation : il aurait, durant toute cette période, travaillé pour la CIA. Hypothèse plus que probable.

Le général aurait pu couler une retraite tranquille en Amérique sans plus se préoccuper de politique. C'était d'ailleurs sans doute son projet. Mais début 2011, la chute du régime kadhafiste change la donne. Comme beaucoup d'exilés, Khalifa Haftar revient à Tripoli, persuadé que son expérience et son aura suffiront à faire de lui l'un des personnages incontournables de la nouvelle Libye. Rapidement, il siège au Conseil National de Transition puis, après la mort de l'ancien Guide, devient chef d'état-major. Mais une partie des mouvements qui tentent de se partager le pouvoir, islamistes en tête, proteste : Haftar est l'homme des Américains, on ne peut pas lui faire confiance. Évincé du pouvoir, il retourne prudemment en Virginie où, assure-t-il alors, il « regardera grandir ses petits enfants ». Surtout, il met discrètement sur pieds sa propre armée et attend son heure.

L’élection du Congrès général national, dominé par les islamistes, puis l’institution de la sharia comme nouvelle source du droit libyen, fin 2013, décide le militaire à sortir du bois. En février 2014, le général Haftar lance son armée dans une opération baptisée « Dignité » qui vise, il ne cesse d’employer ce terme, à « purifier » le pays. Partie de Benghazi – ville de l’est dont on dit en Libye qu’elle est toujours le point de départ des grands événements historiques nationaux, de Mussolini à la révolution de 2011 – l’ANL marche sur Tripoli. Haftar proclame la dissolution du CGN, crée un « comité présidentiel » censé gouverner le pays.

Russes blancs contre bolchéviques ?
À ce stade, beaucoup pensent que la guerre sera brève. Si le général est, comme on le dit, l’homme des Américains, il n’aura guère de mal à avoir raison des troupes hétéroclites d’Aube de la Libye. Problème : à Washington, on n’apprécie plus beaucoup l’ancien retraité de Virginie. Interrogé par le New Yorker, un membre de l’administration Obama explique : « Le gouvernement américain n’a aucun lien avec le général Khalifa Haftar. Il tue des gens, il affirme qu’il cible les terroristes mais la définition qu’il donne à ce mot est bien trop vague ! Cet homme se comporte comme un milicien et il va faire l’unanimité contre lui. » Conclusion du responsable américain : « Aujourd’hui, c’est un peu comme si une partie de la Libye était contrôlée par les Russes blancs – Haftar – et l’autre par les Bolchéviques – Aube de la Libye. »

Propos de circonstances pour cacher un soutien logistique discret ? Apparemment pas. Dans les propres rangs du général Haftar, on reconnaît que les demandes de rendez-vous présentées au responsable de l’US Army pour la zone Afrique, David Rodriguez, sont pour l’heure restées sans réponse. Au sein l’ANL, on pense que le fait d’être considéré comme un ancien kadhafiste est un handicap pour Haftar, et que les Américains sont aujourd’hui plus enclins à soutenir les mouvements proches des Frères musulmans – ce qu’est l’AL.

C’est donc vers d’autres pays que l’Armée nationale libyenne, tout comme Aube de la Libye, se tourne pour s’approvisionner en armes. Dans le camp d’Haftar, le principal allié est aujourd’hui l’Égypte. Soucieux de lutter contre tout ce qui peut ressembler à des islamistes, le général Sissi se montre généreux. L’aviation de l’ANL, notamment, serait selon un rapport des Nations unies rendu public le 13 mars 2015 entièrement composée de MIG-21 égyptiens reconditionnés, et de quelques hélicoptères Mi-8 de même origine. Dans l’autre camp, on compte surtout sur l’aide du Soudan, qui envoie régulièrement un C-130 rempli de matériel militaire à l’aéroport de Mitiga. Et aurait aussi offert des hélicoptères Mi-24 en nombre indéterminé.

Moins directement, les troupes d’Haftar peuvent aussi compter sur l’aide de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, tandis qu’Aube de la Libye est soutenue par la Turquie et le Qatar. L’Ukraine, le Belarus, la Jordanie, l’Afrique du Sud, la Hongrie, la Grèce et le Pakistan seraient également impliqués directement ou indirectement, assurent les experts des Nations unies, qui n’oublient pas de préciser qu’une partie des armes utilisées par les milices provient aussi de la mise à sac du siège de la « mission d’assistance » onusienne à Tripoli, en avril 2014…

L'EI s'installe aussi en Libye
Pour complexifier encore le tableau, il faut préciser qu’une partie du sud du pays, mais aussi des villes comme Syrte ou Derna, sont contrôlées totalement ou en partie par des groupes se réclamant de l’État islamique ou d’Al-Qaïda. En particulier Ansar Al-Sharia, dont la plupart des combattants sont des Libyens partis affronter les troupes d’Assad en Syrie avant de revenir au pays. Pour Haftar, ce chaos est un argument de plus pour pousser les pays étrangers à le soutenir. Se posant à la fois en rempart contre l’islamisme et en garant de la stabilité du pays, il rappelle aussi combien son pays est riche – « Nous avons du pétrole, de l’or, de l’uranium… », énumère-t-il – et promet que ses futurs alliés, bien sûr, seront généreusement récompensés une fois la victoire acquise.

Mais aujourd’hui, la production pétrolière du pays est proche de zéro et les deux camps n’imaginent qu’une option : l’anéantissement de l’adversaire. Haftar répète qu’on « ne négocie pas avec les terroristes » tandis que l’AL promet au vieux général « le même sort que Kadhafi ».

L’envoyé spécial des Nations unies tente de réunir toutes les parties autour d’une table, à Alger, mais sans beaucoup de succès. Quant au Libyen Ali Tarhouni, un professeur d’économie exilé aux États-Unis depuis 1973 et revenu en 2011, il a créé dans la ville de Beyda une « Assemblée constitutionnelle » censée réunir toutes les forces politiques du pays. Mais il avoue son pessimisme : « L'héritage de 42 ans de Kadhafi, c'est que dans ce pays les choses ne se règlent que par la force. L’ancien régime a créé une culture du pour ou contre, qui ne laisse pas de place au compromis. Je crains que les gens ne se mettent à dialoguer que quand ils n’auront plus le choix. C’est-à-dire quand l’un des camps aura triomphé militairement de l’autre. »

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