Les Arabes, leur destin et le nôtre - Le rouge ou le noir

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« Jihadistes et dictateurs ont intérêt à ce que nous ne comprenions rien au monde arabe. » La formule de Jean-Pierre Filiu à de quoi surprendre, à l'heure où les régimes pseudo-laïcs égyptien et syrien passent pour les meilleurs remparts contre le terrorisme. C'est pourtant la thèse centrale du dernier ouvrage de ce spécialiste de l'islam contemporain qu'on ne présente plus.

Les Arabes, leur destin et le nôtre, de Jean-Pierre Filiu

Filiu s'attaque à la politique occidentale du « moins pire », selon laquelle le monde arabe tendant intrinsèquement vers l'autoritarisme ou le fondamentalisme, il s'agirait de favoriser la moins mauvaise option. Lors de la guerre froide, les puissances occidentales ont ainsi vu dans l'islamisme un contrepoids à l'influence soviétique. Le mur de Berlin tombé, c'est la « lutte contre le terrorisme » qui est devenue la priorité des gouvernants occidentaux. Quitte à la sous-traiter à des régimes dictatoriaux trop heureux de réprimer leur opposition avec la bénédiction des puissants de ce monde. Filiu refuse de céder à ce faux choix et renvoie dos à dos islamistes et dictateurs « progressistes », alliés objectifs dans la mesure où il rejettent tous l'idée de souveraineté du peuple et s'alimentent les uns les autres.

A ceux, fatalistes, qui perçoivent on ne sait quel atavisme oriental à travers ces régimes autoritaires et ce rigorisme religieux, Filiu répond en retraçant l'histoire de la Nahda, ce mouvement intellectuel et politique arabe du XIXè siècle porteur de réformes et de progrès sociaux, brisé par la colonisation et les impératifs stratégiques de la Première Guerre mondiale. Les Arabes, leur destin et le nôtre est l'histoire de cette lutte sans cesse étouffée pour la souveraineté des Arabes.

Et au lecteur européen qui se demanderait en quoi tout cela le concerne, Filiu répond encore : la liberté des Arabes est aussi la nôtre. Se contenter de circonscrire le chaos du monde arabe, d'en neutraliser les désordres dont nous sommes pourtant, au regard de l'Histoire, en partie responsables, c'est renoncer à comprendre le drame qui se joue. Mais c'est surtout renforcer des régimes dont la corruption, le népotisme et la cruauté constituent le principal terreau de l'islamisme. En favorisant la sacro-sainte « stabilité » politique selon une approche exclusivement sécuritaire, nous ne faisons que jeter à la face des peuples arabes notre indifférence à leur sort, semant ainsi les graines du désespoir et de l'intégrisme violent.

Nulle trace de repentance néanmoins chez Filiu, mais un appel à la clairvoyance : « […] La tragédie de la libération arabe suscite dans notre société plus de rejet que d'empathie […]. C'est précisément l'objectif que poursuivent aujourd'hui les despotes arabes : amener le sentiment d'horreur à paralyser notre entendement, obscurcir sous les massacres le sens profond de ce combat pour les libertés. » 

 

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