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Le jihâd perverti

Le jihâd perverti

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Quiconque connaît, même sommairement, les notions islamiques fondamentales, et suit en même temps les événements qui affectent le monde musulman depuis l’invasion soviétique de l’Afghanistan jusqu’à la guerre civile qui ravage ­actuellement la Syrie, est frappé par l’instrumentalisation récurrente du jihâd.

Lorsqu’il était question de s’opposer à l’occupation étrangère, impie dans la propagande islamiste, les combattants pour cette cause étaient appelés pompeusement des moujahidîn. Ils bénéficiaient de tous les égards de l’Occident et de ses ­alliés du Golfe. On leur fournissait une aide multiforme, y compris en facilitant l’enrôlement de jeunes exaltés venus des quatre coins du monde. Une fois la libération du ­territoire afghan réalisée, les mêmes combattants qui ont continué à ­pratiquer le jihâd en s’opposant à l’hégémonie impérialiste sont devenus du jour au lendemain des terroristes aux yeux de leurs anciens ­défenseurs.

Le jihâd a eu constamment une définition à géométrie variable dans les médias contrôlés par l’islam du pétrole, changeant suivant qu’il est conforme ou non aux desseins du ­wahhabisme, et cachant scrupuleusement les véritables enjeux géostratégiques qui déterminent la politique des pays du Golfe, de leurs amis ­israéliens et de leurs protecteurs ­américains. Mais, comme à l’accoutumée, ceux qui jouent aux apprentis sorciers finissent par devenir eux-­mêmes un jour ou l’autre la cible des agents qu’ils ont manipulés.

Les régimes anachroniques de la ­péninsule arabique, Arabie saoudite et Qatar en tête, n’ont en effet cessé d’avoir une attitude de soutien aux jihadistes, en Tchétchénie, en ­Bosnie, au Mali et ailleurs, et une attitude bienveillante quand ces ­derniers s’opposent par les armes aux régimes non islamistes des pays ­frères, mais ils sont vigoureusement hostiles à leur action lorsqu’elle est de nature à menacer les intérêts américains et occidentaux, et particulièrement lorsqu’elle combat leur ordre despotique interne.

 

Une idéologie bornée

Le wahhabisme – faut-il le ­rappeler ? – est un mouvement ­politico-religieux, né au xviiie siècle d’un pacte entre le chef d’une secte (Ibn Abdelwahhab) et celui d’une tribu (Ibn Saoud), et qui a constamment prôné et utilisé la violence à l’encontre de ceux qui ne partagent pas son idéologie bornée, à mille lieues des valeurs d’ouverture, de ­tolérance, d’égalité, de citoyenneté et d’autonomie de la personne. 

Pour lui, la liberté de conscience est impensable, et le pluralisme, ­religieux ou autre, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’islam, est inadmissible, pour la simple raison qu’il croit fermement détenir la Vérité et être investi par Dieu pour la propager par tous les moyens. On comprend dès lors qu’il fait sienne une ­conception du jihâd sortie de son contexte ­historique et privilégiant une seule de ses dimensions qui ­l’assimile au ­combat violent (qitâl). Ses premières victimes furent d’ailleurs des musulmans appartenant à d’autres écoles juridiques, à commencer par les chiites­ qui ont essuyé des razzias ­dévastatrices contre leurs lieux saints.

Depuis les années 1970, la manne pétrolière est venue donner au ­wahhabisme une énergie qu’il ne pouvait pas avoir du temps où il était confiné dans le désert d’Arabie et mis au ban des écoles islamiques plus représentatives. Avec son extension et le prosélytisme qui le caractérise, le jihâd est devenu un ­devoir qui incombe à ses partisans. Sur ce plan, l’idéologie des Frères ­musulmans le rejoignit, œuvrant de conserve avec lui à « islamiser » la société, censée s’être éloignée des principes de l’islam. 

Le jihâd, d’un effort fourni par le croyant pour faire prévaloir ce qui correspond à la « voie de Dieu », effort ­envers le ­règne des passions afin de hisser la condition humaine à la réalisation de ses nobles objectifs, est devenu une guerre sainte sans merci contre tous ceux qui ne partagent pas la conception moyenâgeuse de l’homme et de la société. 

Dans le passé, le jihâd était souvent assimilé à la guerre contre les non-musulmans. Avec l’islamisme wahhabite et celui des Frères, il s’est ­perverti en combat pour imposer, par la ­persuasion d’abord puis par la force et la contrainte s’il le faut, le respect des normes traditionnelles dans les relations sociales au sein de la ­communauté musulmane, avec tout ce que cela implique comme ­discrimination entre les genres et soumission aux pouvoirs établis qui se réclament au moins formellement de ce système. 

 

Lavage de cerveau

Le projet de société qu’il préconise se limite à un moralisme de ­façade et aux apparences d’un islam ritualiste. Peu importe le prix exorbitant qu’il faudrait payer pour ­atteindre ce but. On s’explique ainsi que les wahhabites soutiennent la fraction la plus rétrograde dans ­l’opposition armée au régime exécrable des Assad. Ils font tout pour faire avorter les révolutions du Printemps arabe, en particulier en Tunisie, pays connu pour le fort ­ancrage de son mouvement ­moderniste. Ainsi ­financent-ils les organisations ­islamistes et les groupes salafistes jihadistes, directement ou par ­l’intermédiaire d’associations prétendument caritatives.

Néanmoins, ce jeu perfide, s’il ­entraîne encore quelques jeunes marginaux victimes d’un véritable lavage de cerveau, est de plus en plus démasqué grâce à la liberté d’expression acquise après les révolutions. Le jihâd à la sauce wahhabite a perdu irrémédiablement sa virginité. Il ne jouit plus de la même aura auprès d’une population de plus en plus avertie des dangers de l’instrumentalisation du religieux en politique. La propagande wahhabite, avec les moyens gigantesques dont elle dispose, est certes capable de faire beaucoup de dégâts, mais elle est en perte de vitesse comme le prouve la dégringolade que subit l’audience de la chaîne qatarie Al-Jazîra. 

Malgré les apparences, ­l’opposition à l’idéologie ­rétrograde de l’islamisme des Frères et du pétrole ­s’organise et prend de l’ampleur. Les femmes libérées y occupent naturellement les premiers rangs aux côtés des forces vives du progrès. On assiste dans les pays du ­Printemps arabe à un début de saturation du discours religieux traditionaliste, semblable à celle que connaît la société iranienne sous le régime des mollahs. Les débats théologiques n’intéressent plus autant que les programmes qui garantissent la dignité par le travail, la liberté et l’égalité. L’effort exigé dans ce cas n’est plus le jihâd d’antan. Il est incontestablement séculier et concerne avant tout l’économie, l’éducation, la santé, le travail et tout ce qui assure aux Arabo-musulmans une place dans le concert des nations avancées selon les critères de notre temps. 

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