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Le supermarché et le sabre

Le supermarché et le sabre

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On entend souvent certains intellectuels, musulmans ou non, appeler à une réforme de l'islam. Les pendaisons d'homosexuels en Iran, les décapitations en Arabie saoudite ou les lapidations dans le Nord du Nigeria donnent effectivement l'impression que certains musulmans sont restés bloqués au VIII è siècle.

Mais subsiste un malentendu. Nos analystes ont beaucoup de mal à expliquer l'attirance de jeunes « paumés » comme Mohammed Merah pour une mouvance salafiste qu'on présente pourtant comme conservatrice. La vidéo, diffusée et rediffusée, du jeune délinquant au volant d'une grosse cylindrée, téléphone portable vissé à l'oreille, posait une question : comment un individu apparemment parfaitement à l'aise dans la société de consommation moderne, a-t-il pu s'intéresser à des thèses aussi rétrogrades ?

C'est que l'opposition obscurantisme/progressisme, chère aux intellectuels réformateurs, ne permet pas d'éclairer le phénomène salafiste. D'abord parce qu'elle est assez étrangère à la culture islamique, qui n'oppose pas aussi radicalement la rationalité au mystère divin. Dans la conception islamique traditionnelle, il s'agit de comprendre et expliquer un message coranique, qui n'est, il faut bien le dire, pas toujours très clair. Plusieurs outils pour cela : l'exercice de la raison et de la dialectique, notamment quand il s'agit de concevoir un corpus juridique, et le mysticisme, ou soufisme, qui cherche à révéler le sens caché, voire ésotérique du message divin. Toute l'histoire de l'islam s'articule autour du dialogue entre ces deux courants. 

Que proposent les salafistes ? Rien de moins que rompre avec ce dialogue et 1200 ans d'interprétations, perçues comme des « innovations sataniques », tout en se référant à un islam originel totalement fantasmé. Dominique Mataillet le dit : « le terme salafiste n’est vraiment apparu qu’à la fin du XIXe siècle, et pour désigner un courant de pensée... réformiste. »  

Le salafisme n'est donc pas un retour au discours islamique traditionnel, puisque c'est très clairement contre ce discours, assimilé à celui du pouvoir impie, qu'il s'est érigé. La remise en cause salafiste de la doxa islamique est dès l'origine liée à l'idée de révolution politique, éminemment moderne.   

De ce point de vue, la genèse du royaume saoudien, phare du salafisme mondial, est très parlante : un prêcheur isolé et condamné par tous ses contemporains, Mohammed ben Abdelwahhab, s'allie avec un petit chef local, Mohammed ben Saoud, qui lutte contre l'emprise de l'empire ottoman et des chérifs de La Mecque. 

Olivier Roy de l'EHESS actualise cette histoire et résout du même coup l'énigme Merah : « Ceux que j’appelle les néo-fondamentalistes sont ceux qui occupent le terrain de la contestation après la normalisation de l’islamisme. Ce ne sont pas des paysans qui viennent du fond des campagnes. Ce sont des produits de la modernité. Ce ne sont pas forcément des laissés-pour-compte. Lorsqu’on regarde de près quels sont les jeunes de banlieues qui se laissent entraîner, on voit nettement que ce ne sont pas les plus dépossédés. Marx l’avait déjà dit : on ne fait pas des révolutionnaires avec du lumpen. » 

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