Les dents du succès

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À quoi reconnaît-on un ­millionnaire ? Ou tout du moins une personne très riche ? Réponse : à ses dents. Cela ressemble à une ­blague de potache, mais aux États-Unis ce n’en est pas une. Outre-Atlantique, on ne plaisante pas avec sa dentition.

Il suffit pour s’en convaincre de ­regarder les sourires éclatants des actrices hollywoodiennes.

Non que Juliette Binoche ou Marion Cotillard n’arborent pas de jolis sourires mais… comment dire ? « Des sourires à la Lætitia Casta ou à la Vanessa Paradis sont tout ­simplement inimaginables aux États-Unis ! » tranche le Dr Evens, propriétaire d’un cabinet dentaire très couru de la banlieue chic de Boston. 

« Avoir de belles dents ­parfaitement alignées donne de la jeunesse au visage et le dynamise. Aucune actrice ne peut imaginer faire carrière avec une vilaine dentition ou même une dentition “ordinaire”. À partir d’un certain standing social, se faire refaire les dents est un must. Quel que soit l’âge. La ­plupart de mes clients ont entre 30 et 40 ans. » 

Et pas de doute possible : avec le temps, les dents de Madonna sont devenues plus petites, plus blanches, elles se sont ornées de bagues et même aujourd’hui de brillants façon Swarovski. 

Il ne faut pas croire que les ­hommes échapperaient à cette mode de la dentition parfaite : les sourires du rappeur 50 Cent et des acteurs Morgan Freemann et Tom Cruise sont ­devenus au fil des ans dignes de publicités pour un dentifrice. Et les nouvelles dents à 50 000 euros de l’ex-star du PSG, Ronaldinho, ont fait la une des journaux.

Après tout, rien de bien étonnant : à travers le monde et les ­civilisations, le sourire a toujours été lié au ­statut, que ce soit le sourire limé des Indiens d’Amazonie, noirci dans les îles de la Sonde ou orné de ­pierres en Asie du Sud-Est. 

Aujourd’hui encore, une vilaine dentition, une dent casséepis, absentepeut ruiner le meilleur CV du monde et trahir l’ancien taulard ou le chômeur de longue durée. 

 

L’art du sourire à l’américaine

La salle d’attente du Dr Evens ne désemplit pas. Ici, on pose des ­appareils (ces bagues de métal affreuses que nous pensions réservées aux adolescents boutonneux) à tout âge. On lime, on blanchit, on place des implants, des couronnes… Et tout est prévu pour le confort du client,  même un choix de vidéos personnalisées à regarder pendant les soins sur des lunettes spéciales. Bref, de quoi oublier le coût exorbitant de toutes ces séances. 

«Je dépense au bas mot une quinzaine de milliers de dollars par an pour mes dents », explique Tasha, scénariste qui partage son temps entre Boston et Los Angeles. À 54 ans, Tasha, qui a refusé les « bagues invisibles » à la dernière mode et larmoie tous les soirs car « les bains blanchissants sont douloureux », arbore depuis dix mois de splendides bagues argentées. « C’est aussi important pour mon standing que ma maison au cap Cod, mon abonnement aux concerts de Stockbridge (dans les monts Berkshire) ou mes conférences à la MacDowell Colony (colonie d’artistes dans le New Hampshire)… » 

 

Hollande a du travail

Quand on regarde Tasha, qui sourit « à l’américaine » toutes dents dehors, on reste dubitatif : les quenottes sont immaculées, parfaitement alignées, mais où est donc le problème ? 

Le Dr Evens intervient : « Ici, aux États-Unis, nos standards sont différents. Dans nos cours à la fac, nous apprenons que lorsque les lèvres sont au repos, c’est-à-dire la bouche à peine entrouverte, on doit encore apercevoir quelques millimètres d’ivoire. Chez vous en France, il est admis que les lèvres recouvrent toute la surface de la dent. Beaucoup de mes clients se font donc tirer les dents vers le bas. » 

Mais alors, et votre président et son épouse ? « Michelle, Barack et leurs filles Malia et Sasha ont bien sûr, comme tout le monde, dû ­travailler leur sourire. Votre président François Hollande devrait sans doute en faire autant… » À bon entendeur, salut ! 

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