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Supercondoms

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Pour lutter contre le sida et inciter chacun à se protéger, la fondation Gates a lancé un défi aux scientifiques: créer le préservatif du futur, résistant, ultrafin et surtout synonyme de plaisir. Avec à la clé une récompense de 1million de dollars...

Capotes pour les uns, condoms pour les autres. Il existe autant de noms pour les désigner que de peuples, tous évocateurs, parfois guerriers (pei dang vi, « gilet pare-balles » en cantonnais, al-waqi, « bouclier » en arabe) parfois romantiques (camisa de Venus, « chemise de Vénus » en portugais), pragmatiques (óvszer, « outil de sécurité » en hongrois) ou bien drôles (kelintun, « Clinton », ou laiwensiji, « Lewinsky », en chinois, du nom d’une ligne de préservatifs lancée en 1998), ou encore empreints de rancœurs historiques (french letter, « lettre française », pour les Anglais, capote anglaise pour les Français, et Pariser, « Parisien », pour les Allemands)…


Devenus indispensables au XXIe siècle, vantés par les services de santé publique, critiqués par l’église catholique, boudés par la génération du baby boom, partenaires désormais courants des premières relations sexuelles, les préservatifs existent depuis la nuit des temps : au ive siècle avant notre ère, les soldats égyptiens utilisaient des intestins de mouton, de la vessie de porc ou du cæcum de bouc pour se protéger des maladies vénériennes. Les Chinois avaient, quant à eux, un penchant pour le papier de mûrier huilé ou la soie amidonnée dans de l’eau de riz et huilée. Tandis que les Japonais, souhaitant allier plaisir érotique et protection, confectionnaient leurs kabuto-gata en corne sculptée, écaille et cuir, mi-préservatif, mi-godemiché.

 

Bill Gates, mécène du préservatif

Aujourd’hui, l’efficacité des préservatifs, notamment dans la lutte contre le VIH, n’est plus à démontrer : il s’en vend chaque année 27 milliards, et 750 millions de couples ne badineraient que dûment protégés par le petit chapeau de latex. Pas assez aux yeux de la fondation Bill et Melinda Gates (voir La Revue n° 39), dont l’objectif est d’encourager plus encore de personnes à mettre des préservatifs. Le constat est simple : bien qu’utilisé régulièrement depuis plus de quatre cents ans, le préservatif n’a finalement connu que très peu d’évolutions techniques. Même au cours des cinquante dernières années. Tout au plus les divers Durex ou Manix sont-ils plus fins. Ou plus souples. Enduits de gel spermicide. Cannelés ou hérissés de picots. Multicolores. Aromatisés au chocolat, à la fraise ou au cannabis. Des améliorations somme toute anecdotiques.

Au fond, précise la fondation, l’origine des réticences, au-delà des raisons sociales, religieuses ou financières, est assez triviale : les préservatifs demeurent un obstacle à la passion, voire un véritable tue-l’amour qui atténue les sensations et complique le rapprochement. Il faut donc non seulement faire baisser leur prix, les rendre parfaitement fiables, mais aussi et avant tout les perfectionner techniquement de façon à les métamorphoser en une véritable valeur ajoutée dans l’acte sexuel. Le docteur Papa Salif Sow, membre de l’équipe du VIH à la fondation, résume la situation avec humour : « Porter un préservatif pendant l’amour, c’est comme prendre une douche avec un imperméable. »

Le couple Gates a donc décidé, en mars 2013, de lancer un défi aux chercheurs du monde entier : créer le préservatif du futur en puisant dans le réservoir des technologies de pointe. Un peu plus de 800 inventeurs, savants illustres ou inconnus, ont répondu à l’appel. En novembre dernier, la fondation a annoncé les noms des onze projets les plus innovants, qui ont reçu chacun 100 000 euros. à la clé, pour les lauréats finalistes, une récompense de 1 million de dollars et le titre d’« inventeur du préservatif du futur »...

 

Projets les plus révolutionnaires

Graphène et mémoire de forme

Plusieurs projets parmi les onze utilisent le graphène, un cristal bidimensionnel de carbone n’ayant qu’un seul plan atomique, isolé en 2004 par André Geim et Konstantin Novoselov, de l’université de Manchester (les deux savants ont été récompensés pour cette découverte par le prix Nobel de physique en 2010 (voir La Revue n° 30). La finesse extrême de ce matériau à structure en nid d’abeille – un million de fois plus fin qu’une feuille de papier –, imperméable aux gaz, 300 fois plus résistant que l’acier, offre des perspectives extraordinaires à la fois dans les domaines de l’électronique (écrans plats, batteries) mais aussi dans le secteur médical. Ce sont donc ses propriétés uniques que pense exploiter l’un des lauréats de la présélection, Aravind Vijayaraghavan, chercheur lui aussi à l’université de Manchester. Le graphène incorporé au latex permettrait en effet une élasticité hors du commun, une haute résistance aux déchirures mais aussi une transmission exceptionnelle de la chaleur, améliorant ainsi les sensations durant les rapports sexuels.

Une équipe de l’université de l’Oregon, menée par Richard Chartoff, propose d’utiliser les propriétés de certains polymères du polyuréthane dits « à mémoire de forme ». Ces élastomères permettraient au préservatif d’utiliser la température du corps pour se mouler parfaitement – presque sous vide – à l’anatomie de l’homme. Des nanoparticules à effet spermicide et antimicrobien pourraient en outre être intégrées au matériau.

Parmi les propositions retenues, citons encore le matériau composite anisotropique [présentant une résistance particulière dans certaines directions] mis au point par la société anglaise Cambridge Design Partnership. Du sur-mesure en quelque sorte : en se resserrant « de manière plaisante » autour du pénis, ce préservatif s’adapterait en effet à toutes les morphologies.

Ron Frezieres, du California Family Health Council (Los Angeles), propose quant à lui d’utiliser les propriétés adhérentes du polyéthylène, qui, « un peu comme le film alimentaire spécial micro-ondes », plutôt que de se resserrer autour du pénis, l’envelopperait en collant à la peau, facilitant ainsi la mise en place et la tenue au frottement.

 

Les moins chers et les plus doux

« Mais pourquoi chercher si loin, si compliqué, alors que nous possédons une matière bon marché, facile à obtenir et réunissant les qualités demandées ? » s’exclame Mark McGlothlin de l’Apex Medical Technologies à San Diego. Son équipe planche en effet sur un préservatif en collagène issu de tendon de bœuf. « Nous envisageons aussi d’extraire le collagène des déchets de poisson. Entre abattoirs et marchés, la source ne risque pas de tarir. » La texture du collagène, très proche de celle des muqueuses, pourrait ainsi reproduire fidèlement les sensations de la « vraie peau, hydratée et douce » du partenaire.

C’est aussi ce que promettent Karen Bush et Ducksoo Kim, du Boston Medical Center, qui ont choisi de miser, non sur la matière du préservatif, mais sur un enrobage de nanoparticules superhydrophiles qui, en emprisonnant un léger film aqueux lubrifiant, assureront une « glisse parfaite ».

 

Les plus faciles à appliquer

Deux candidats se sont enfin penchés sur l’une des raisons majeures de la désaffection du préservatif : l’application. En effet, de nombreux utilisateurs se tromperaient dans le feu de l’action et enfileraient les préservatifs à l’envers, ou les déchireraient à force d’essais de pose infructueux. Willem van Rensburg, de la société sud-africaine Kimbranox, a donc conçu le Rapidom, un préservatif qui, comme son nom l’indique, est très rapide à poser, grâce à deux ailerettes permettant l’ouverture express de l’emballage puis un déroulement sur le sexe sans coup férir, selon la technique du point and shoot,
« viser et tirer ».

Quant aux Australiens Michael Rutner et Russell Burley (House of Petite), persuadés qu’il faut plus qu’un simple dispositif pour aider les couples pressés et maladroits, ils prévoient carrément un véritable kit comprenant un applicateur qui, d’après eux, ne nécessiterait que très brièvement l’usage des mains...

 

Les plus surprenants

Hors concours enfin, mais loués par la fondation Gates pour leur « vision totalement novatrice », deux projets méritent d’être retenus.

D’abord le préservatif origami inventé par une société californienne, Origami Condoms. Danny Resnic, le fondateur de la compagnie, infecté par le VIH en 1993 à la suite d’une déchirure dans un préservatif, voulait avant tout concevoir une protection totalement fiable. S’inspirant de l’art ancestral du pliage japonais, il a mis au point un « préservatif accordéon » à base de silicone, ne nécessitant pas d’être déroulé mais déplié. « Ample et sans contrainte, il peut être plié et replié de nombreuses fois le long du pénis, permettant les mouvements les plus énergiques sans le moindre risque de craquage », explique l’inventeur.

Le projet Electric Eel (« anguille électrique ») de l’université américaine Georgia Tech fait, quant à lui, froid dans le dos... Répondant à la question capitale de l’augmentation de la jouissance, ce préservatif serait capable de provoquer, voire de décupler le plaisir. En envoyant, une fois chargé, de légères impulsions électriques pendant l’action, ressenties simultanément par l’homme et son ou sa partenaire. Une façon, selon ses inventeurs, d’allier protection et jeux érotiques et peut-être de séduire toute une génération qui boude les préservatifs, les accusant de faire barrière aux sensations.

En effet, selon une étude du CDC (Center for Disease Control and Prevention), il y a une dizaine d’années, 60 % des étudiants américains utilisaient des préservatifs contre à peine 50 % aujourd’hui. On explique cette désaffection par une absence de peur de contracter une maladie mortelle et par l’idée que les préservatifs diminuent le plaisir.

Toujours selon la même étude, les jeunes Américains mettraient, certes, des préservatifs lors des premiers rapports afin d’éviter les grossesses indésirées, mais abandonneraient très rapidement par la suite, se contentant de l’assurance orale de leur partenaire de prendre une contraception et de ne pas avoir de maladies sexuellement transmissibles (MST). De tels comportements, dictés par la quête d’un plaisir rapide et facile, seraient responsables de la recrudescence des MST. Comme les chlamydioses, ces infections bactériennes de plus en plus répandues, longtemps indétectables et qui peuvent être difficiles à diagnostiquer hors dépistage. Ou encore la syphilis, qui avait pratiquement disparu en France au début des années 2000, mais dont le nombre de cas est en augmentation constante. Si le traitement par antibiotiques est efficace, encore faut-il pouvoir déceler la maladie, qui progresse en silence... L’utilisation de préservatifs lors des rapports sexuels est donc capitale mais insuffisante : le sexe oral est un mode très efficace de propagation de la syphilis. Et à ce jour, aucun préservatif, même parmi les onze lauréats de la fondation Gates, ne promet de conserver le plaisir de la pratique...  

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