Plus de 4 milliards d’Africains en 2100

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Rien ne semble pouvoir freiner la croissance de la population africaine. Selon une étude de l’Unicef rendue publique en août dernier, l’Afrique, qui compte 1,2 milliard d’habitants aujourd’hui, devrait voir ce chiffre doubler d’ici à 2050.

 

Mais l’organisation internationale va plus loin dans les prévisions. Sur sa lancée, le continent africain pourrait atteindre 4,2 milliards d’habitants en 2100. Il abriterait alors presque 40 % de la population mondiale (qui se situerait entre 10 et 11 milliards d’habitants).

Contrairement à l’évolution imaginée par les experts de l’ONU en 2010, la fécondité en Afrique reste encore très élevée : 4,8 enfants par femme pour l’ensemble du continent, alors que la moyenne mondiale est de 2,5. Même si ce chiffre global masque d’importantes disparités. Les taux vont de 2,5 en Afrique australe et 3,2 en Afrique du Nord à 5,1 en Afrique orientale, 5,5 en Afrique occidentale et 6,1 en Afrique centrale.

Certes, la fécondité a globalement fléchi. L’indice synthétique de fécondité (ISF) à l’échelle du continent était encore de 6,7 au début des années 1980. Mais les spécialistes avaient parié sur une baisse plus rapide, s’appuyant sur les précédents de l’Amérique latine et de l’Asie orientale où, depuis les années 1970, l’élévation du niveau de vie s’est accompagné d’une diminution régulière des naissances.

Sous-développement persistant

Il est vrai que, malgré une décennie de hausse continue du produit intérieur brut, l’Afrique subsaharienne garde les traits du sous-développement. Dans la plupart des pays, l’économie est encore largement tournée vers l’exportation de matières premières. Les effets d’entraînement sur les autres secteurs d’activité sont faibles. Résultat, le chômage atteint des seuils inconnus sous les autres cieux. Selon la Banque mondiale, seul un quart des jeunes Africains et 10 % des jeunes Africaines trouvent un emploi dans le secteur formel avant d’avoir atteint 30 ans. La majorité des jeunes vit d’expédients et la pauvreté est omniprésente. Toujours d’après la Banque mondiale, 70 % de la population subsaharienne vit avec moins de deux dollars par jour.

Depuis la mise en place des politiques d’ajustement structurel, au début des années 1980, les budgets consacrés à l’éducation et à la santé se sont réduits comme peau de chagrin. Bien que les États africains encouragent désormais la planification familiale, les moyens qu’ils lui consacrent
sont en recul depuis vingt ans. Moins de 20 % des Africaines utilisent des méthodes de contraception moderne.

Autant, donc, de facteurs qui entravent le mouvement de limitation des naissances. Le résultat est un taux de croissance naturel de 2,5 % par an et un doublement de la population tous les vingt-cinq ans.

Aujourd’hui septième pays le plus peuplé du monde, le Nigeria devrait se hisser à la troisième position (derrière l’Inde et la Chine) en 2050, passant de 180 millions d’habitants à l’heure actuelle à quelque 450 millions. À la même date, deux autres pays africains pourraient figurer dans les dix premiers : la République démocratique du Congo et l’Éthiopie, avec chacun environ 180 millions d’habitants. La Tanzanie, l’Égypte, l’Ouganda dépasseraient les 100 millions, le Kenya les approcherait.

Une population très jeune

Plus que jamais, l’Afrique est le continent des jeunes. Les moins de 15 ans y représentent 41 % de
la population totale, alors que la moyenne mondiale est d’environ 25 %. Le record étant détenu par le Niger, où la fécondité est de 7,6 enfants par femme en âge de procréer : un habitant sur deux a moins de 15 ans !

Et les projections donnent le vertige. En 2050, selon l’Unicef, 41 % des naissances mondiales auront lieu en Afrique. De même, 40 % des enfants de moins de cinq ans, 37 % des enfants de moins de 18 ans et 35 % des adolescents seront africains…

Cette croissance démographique effrénée a une autre conséquence majeure : la formation de gigantesques mégalopoles. Trois agglomérations africaines ont aujourd’hui plus de 5 millions d’habitants : Le Caire, Kinshasa et Lagos. Il devrait y en avoir plus de trente en 2050. Parmi elles,
outre les trois susnommées, Dar es-Salaam (Tanzanie), Luanda (Angola), Nairobi (Kenya), Khartoum (Soudan), Ouagadougou (Burkina Faso), Abidjan (Côte d’Ivoire) et Kano (Nigeria) dépasseront les 10 millions d’âmes.

Le danger est que ces monstres urbains deviennent des pôles de pauvreté autant que des moteurs économiques. Selon ONU-Habitat, 60 % des citadins africains vivent aujourd’hui dans des bidonvilles.

L’Afrique est-elle en mesure de nourrir un tel surcroît d’habitants ? Probablement, estime Gilles Pison, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined) de Paris, qui rappelle que le (gros) milliard d’Africains d’aujourd’hui vit globalement mieux que les 220 millions d’habitants que comptait le continent en 1950. La proportion de gens qui souffrent de la faim a baissé au cours des dernières décennies. Certes, l’Afrique continuera vraisemblablement à importer une partie de sa nourriture. Pourtant, pour peu que l’agriculture devienne plus performante, ce qui suppose la mise en valeur de nouvelles terres, un essor de l’irrigation et une augmentation importante des rendements, elle a suffisamment d’espace pour faire vivre 2 milliards de personnes.

40 habitants par km2

De fait, comparée aux autres continents, l’Afrique reste peu peuplée. Avec 30,3 millions de km2, elle couvre presque un quart de la superficie des terres émergées et accueille, en 2014, moins de 17 % de la population mondiale. La densité est encore inférieure à 40 habitants au km2 (contre 390 en Inde). On pourrait rétorquer que, si l’on additionne les déserts du Sahara, du Kalahari, du Namib et la forêt équatoriale, une bonne partie de ce continent se prête mal aux établissements humains. Mais la remarque vaut aussi pour l’Amérique et l’Asie.

Si l’on y regarde bien, on relève que l’Afrique ne fait – pour l’instant – que rattraper plusieurs siècles de stagnation démographique. Elle comptait quelque 110 millions d’habitants au début du XVIIe siècle, ce qui représentait près de 20 % de la population mondiale. Deux siècles et demi plus tard, vers 1850, avec à peine plus de 100 millions d’habitants, sa part était tombée à 8 %.

Prévisions non-scientifiques

Entre-temps, les traites négrières avaient eu les effets dévastateurs que l’on sait. Ses conséquences, au demeurant, sont encore visibles dans la répartition des populations sur le continent. L’intérieur de l’Angola, par exemple, a été vidé de ses habitants. Des zones comme le Burundi et le Rwanda, dont les montagnes offrent une protection naturelle, ont vu au contraire affluer des groupes menacés
par les raids esclavagistes. Non loin, dans l’est de la République du Congo, de vastes zones sont quasiment inoccupées.

La démographie étant tout sauf une science exacte, les prévisions à moyen terme, fondées sur les tendances en cours, sont à prendre avec précaution. La natalité pourrait baisser plus fortement dans les années à venir. Ailleurs dans le monde, elle a partout diminué à mesure que les sociétés se modernisaient, que les niveaux d’éducation, des femmes en particulier, s’élevaient et que les comportements procréateurs s’adaptaient à la diminution de la mortalité infantile. L’Afrique ne fera pas exception.

Seulement, il faudra attendre au moins deux générations pour que le continent bénéficie de ce que l’on appelle le dividende démographique, la période pendant laquelle la population en âge de travailler est plus nombreuse que celle des inactifs. On estime que ce fameux dividende a compté pour un tiers dans la croissance de l’Asie du Sud-Est entre 1965 et 1990.

D’ici là, il faudra que l’Afrique se dote d’institutions fortes et fasse de gros progrès en matière de gouvernance. Il faudra aussi que sa jeunesse, l’une de ses grandes richesses, soit éduquée et formée pour occuper les emplois que ne manqueront pas de venir créer les entreprises des autres continents en manque de main-d’œuvre.

 

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