L’homme de glace au secours de l’humanité

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Habitué des défis en froid extrême, Wim Hof prétend être capable de maîtriser son système immunitaire. Des chercheurs explorent les applications thérapeutiques de cette aptitude.

 

Au lendemain du buzz de l’« Ice Bucket Challenge » qui a poussé des millions de personnes à se verser des seaux d’eau glacée sur la tête, Wim Hof fait figure de champion. Ce Néerlandais de 55 ans cumule les performances en situation de froid extrême : il est par exemple capable de se maintenir en apnée plus de six minutes dans un lac gelé. En 2009, il a même gravi le Kilimandjaro en short et en sandales en moins de deux jours. Des exploits qui, s’ils peuvent prêter à sourire, n’en demeurent pas moins impressionnants. Son secret ? Un entraînement alliant méditation, exercices respiratoires et physiques en situation de grand froid.

Alors, quand Wim Hof affirme pouvoir aussi contrôler son système immunitaire, la curiosité des scientifiques est forcément piquée. Depuis quelques années, celui qu’on appelle l’homme de glace se prête au jeu de l’équipe du professeur Peter Pickkers du centre médical universitaire Radboud (Pays-Bas) pour l’aider à comprendre les mécanismes biologiques cachés derrière ses exploits. Et si les premières données prouvaient qu’il peut, par sa seule volonté, influencer l’intensité de sa réponse immunitaire, une nouvelle étude montre que cette aptitude pourrait être acquise par d’autres. De quoi faire miroiter des perspectives thérapeutiques.

Wim Hof contrôle l’inné

Le système immunitaire permet à l’organisme de reconnaître le soi et le non-soi et, ainsi, de résister à l’infection par un virus ou une bactérie pathogène. Pour cela, il fait intervenir certaines cellules de l’organisme et toute une cascade de médiateurs chimiques, dont certains sont appelés cytokines. Le tout est contrôlé par le système nerveux autonome (SNA), qui, comme son nom l’indique, est en charge de toutes les fonctions automatiques et non volontaires de notre organisme (respiration, digestion, rythme cardiaque, immunité…).

En théorie, contrôler la façon dont son système immunitaire réagit semble donc inaccessible. Pourtant, les -premiers tests conduits sur Wim Hof prouvent le contraire. « Nous lui avons injecté un morceau de paroi d’une bactérie, explique Matthijs Kox, l’un des chercheurs ayant conduit l’étude. L’organisme, qui se croit en présence de la bactérie entière, réagit afin de l’éliminer. »
En découlent une réaction immunitaire et inflammatoire et une accumulation de cytokines dans le sang ; ce qui se traduit cliniquement sous la forme d’une pseudo-grippe. Or, après avoir pratiqué ses seuls exercices respiratoires, Wim Hof ne présentait pratiquement pas de symptômes, en comparaison des sujets témoins à qui l’endotoxine était aussi injectée. Biologiquement, le taux de cytokines présentes dans son sang était inférieur de plus de 50 % à celui de ces derniers.

Les chercheurs ont identifié le processus par lequel l’homme de glace est capable d’un tel prodige : les exercices respiratoires auxquels il se prête stimulent la production de l’adrénaline en forte quantité. Or, l’adrénaline est un des médiateurs du SNA, dont on sait qu’il diminue la réactivité du système immunitaire. CQFD.

Reste à savoir si cette aptitude est exceptionnelle ou peut être développée par tout un chacun. Le laboratoire de Matthijs Kox a donc conduit une autre expérience, dont les résultats ont été publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences récemment. Durant plus d’une semaine, une douzaine de jeunes volontaires a rejoint les cimes enneigées de Pologne. Au programme, les trois piliers de la méthode Wim Hof : méditation, exercices respiratoires et mise à l’épreuve, la plupart du temps en sous-vêtements – gravir une montagne par – 20° C, rester allongé 30 minutes dans la neige, nager dans l’eau glacée…

Une fois l’expédition terminée, les chercheurs ont reproduit le test de l’endotoxine chez les sujets ayant suivi l’entraînement pour les comparer à un groupe témoin. Et ils ont constaté le même phénomène : leur réaction immunitaire était moindre.

Alternative à la pharmacologie

En quoi ces données peuvent-elles être utiles à la médecine ? Chez certains patients, le système immunitaire s’emballe et réagit contre des éléments du soi. En découlent des pathologies dites auto-immunes : maladie de Crohn, polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaques, etc. Pour l’heure, seuls des traitements pharmacologiques sont capables d’en atténuer les symptômes. Mais ces résultats laissent penser que des alternatives non médicamenteuses sont envisageables. « Nous devons maintenant comprendre lequel ou lesquels de ces apprentissages sont majoritairement impliqués pour concevoir un programme adapté à tester chez des patients », explique Matthijs Kox.

En tout état de cause, « les maladies auto-immunes étant souvent fluctuantes, on peut imaginer que les patients entreprendront des périodes d’entraînement, surtout dans les phases de flambée de la maladie ». À suivre. Mais on peut parier que nombre de malades se voyant prescrire des randonnées hivernales en petite tenue privilégieront des solutions moins extrêmes. 

 

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