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Australie - naissance d'une langue

Australie - naissance d'une langue

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Chaque année, l’humanité perd 25 langues. Et avec elles, tout un bagage culturel et historique. Mais sait-on que des langues ­naissent aussi ?

« Généralement, il faut attendre plusieurs générations pour isoler une langue en formation, explique le ­linguiste danois Peter Bakker. Ce qui est exceptionnel, c’est d’observer ce phénomène très tôt. » 

Le professeur Carmel O’Shannessy de l’université du Michigan en sait quelque chose. Elle étudie depuis 2002 les balbutiements du light warlpiri, une nouvelle langue aborigène d’Australie. « C’est unique : nous pouvons même nous entretenir avec ses premiers locuteurs, toujours en vie. » 

Cette langue, le warlpiri rampaku (light warlpiri), est parlée à ­Lajamanu, un village aborigène ­australien du Territoire du Nord dont l’isolement et l’histoire sont des ­facteurs importants de sa genèse. Les contacts avec le monde extérieur de ce village de 700 habitants, situé à 885 km au sud de Darwin, se limitent en effet à une navette aérienne, une fois par semaine, avec le centre commercial le plus proche à 560 km. « Les villageois, raconte Carmel ­O’Shannessy, marqués par le passé, ne se déplacent pas beaucoup. »

Fondé en 1948 par le gouvernement australien qui voulait ­désengorger la région de Yuendumu, plus au sud, le village fut peuplé de force par 550 colons aborigènes qui, par deux fois, tentèrent de retourner à pied chez eux, à plusieurs centaines de kilomètres de là. Pour être ­aussitôt reconduits à Lajamanu par les autorités. « Les habitants maîtrisent donc tous le warlpiri ancien, commun aux 3 000 habitants de cette région de l’outback, explique la linguiste. Les parents tiennent à ce que leurs ­enfants connaissent la langue de leurs ancêtres, seul lien avec leurs racines. Mais ils ont aussi intégré des mots de kriol (la langue des ­colons européens et des aborigènes septentrionaux), et tous apprennent l’anglais qui offre plus de débouchés pour l’avenir. »

Les familles ont petit à petit créé un jargon mêlant les trois idiomes. Au cours des ans, cette langue de ­l’enfance s’est formalisée sur les plans lexical et syntaxique. Elle ­dispose aujourd’hui d’une vraie grammaire, influencée par les trois langues ­d’origine, mais offrant aussi des structures inconnues des langues aborigènes de la famille des pama-nyungan, à laquelle appartient le warlpiri.

« C’est un terrain d’observation inestimable, se réjouit Carmel O’Shannessy. Les locuteurs les plus âgés ont à peine 35 ans. Nés à la fin des années 1970, ce sont les premiers à avoir parlé d’emblée le light ­warlpiri avec leurs propres enfants. Aujourd’hui, on trouve des vidéos, des bandes dessinées en light ­warlpiri… Le seul problème est sans doute la disparition à terme du warlpiri ­ancien, désormais très affaibli. »

 

copyright photo : Thomas Schoch

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