Internet peut-il sauver les médias ?

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Un accord conclu entre la plate-forme de vidéo YouTube et les représentants des artistes. Amazon qui, dorénavant, reversera quelques centimes aux -développeurs d’applications. Des ventes de musique qui repartent à la hausse. Ou encore un best-seller – Cinquante nuances de Grey, de E. L. James – apparu sur un site d’autopublication avant de connaître une gloire mondiale.

Un léger frémissement

Des indices, des signes d’un léger frémissement. Oui, internet peut générer des revenus pour les « médias » au sens large, c’est-à-dire les journaux, radios, télévisions, mais aussi le cinéma, l’édition, la musique ou le jeu -vidéo. Depuis quelques mois, la -presse – largement concernée par le sujet et qui cherche encore sa rentabilité en -ligne – s’enthousiasme, répétant avec un allant très méthode Coué que la dématérialisation va sauver le -monde. Chiffres à l’appui.

Les analystes de PricewaterhouseCoopers prévoient, par exemple, que les revenus des médias générés par internet vont augmenter de 13 % par an en moyenne durant les cinq prochaines années. Côté musique, on souligne que le chiffre d’affaires -mondial a grimpé en 2012 pour la première fois depuis dix ans : + 0,2 %. Une évolution qui reste -timide et -hétérogène : en France, le chiffre a chuté de 5,2 % au premier trimestre 2013.

Anecdotique ? Il serait facile de sombrer dans le cynisme, de railler les éditorialistes qui encensent aujourd’hui ce qu’ils assassinaient hier. De fait, la situation -évolue sur internet et de nouveaux usages -capables de rapporter de l’argent aux « créateurs de contenus », au sens large, ont émergé -récemment. La principale raison en est technique. Au milieu des -années 2000, Nokia avait organisé à Amsterdam une ambitieuse conférence sur l’avenir de la téléphonie mobile. Un événement placé sous le signe du « prochain milliard » de consommateurs à convertir. Vous verrez, prévenaient les ingénieurs, sociologues ou net-entrepreneurs qui se succédaient à la tribune, l’industrie va voir déferler une nouvelle génération d’internautes. Vivant en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie, ils n’auront jamais allumé un ordinateur et découvriront internet à travers l’écran de leur téléphone mobile. Et toutes les habitudes de consommation s’en trouveront modifiées.

Moins de dix ans plus tard, la prédiction est en train de se réaliser. Elle a même gagné en puissance avec l’apparition, que Nokia ne prévoyait pas à l’époque, des tablettes. Ce que changent ces nouveaux supports ? Tout, ou presque. Sur un terminal mobile connecté à internet, tout est conçu pour promouvoir les contenus payants et les offres légales. Chaque grand journal possède son site dédié aux mobiles et aux tablettes, rarement gratuit. Côté musique ou cinéma, il n’est certes pas impossible de lire des fichiers piratés sur un terminal mobile, mais c’est infiniment plus compliqué que sur un ordinateur.

Avec l’internet mobile est -revenue l’ère du payant, ce dont les médias ne sauraient se plaindre. Mais le mode de consommation a évolué. L’internaute n’achète plus un album -complet mais la chanson qui lui plaît. Ou s’abonne à un site de streaming qui lui permet d’écouter, sans -l’acquérir, les morceaux qui l’intéressent moyennant un abonnement. Dont le paiement, d’ailleurs, peut aussi être intégré au forfait téléphonique -mensuel qu’il verse à son opérateur.

 

Un paiement presque indolore

Dans la plupart des cas, les -sommes à débourser sont minimes. Apple s’est fait une spécialité de -rendre le phénomène presque transparent, et il est très facile d’acheter une application sur son magasin en ligne sans trop savoir, au final, ce que cela coûtera. Un paiement indolore, au moins en apparence, et une consommation à la carte : archives de journaux ou raretés jamais rééditées, série télé achetée par épisode ou d’un seul bloc, comme le tout -récent House of Cards de Netflix, visionnage sans téléchargement…

Malgré l’obligation de payer – qui frise parfois le ridicule, comme lorsqu’un livre électronique est facturé aussi cher, voire plus, que sa version papier –, le modèle fonctionne. Déjà, 60 % des Français- possédant une tablette passent 30 mn ou plus -chaque jour sur les sites des médias. Le chiffre est de 60 % pour les Américains, de 70 % pour les Coréens. Et la télévision a perdu, c’est confirmé, son rang de -premier support de consommation d’images et d’information. En 2012, les abonnés à internet passaient en moyenne 140 mn par jour devant un PC, 117 mn sur leur téléphone mobile, 98 mn devant la télé, 49 mn à écouter la radio et 33 mn à lire les journaux.

De quoi faire réfléchir les fournisseurs de contenu. À l’image des maisons de disques qui, pour planifier les tournées de concerts de leurs artistes – devenues la principale source de revenus suite à la -chute des ventes de disques –, scrutent à la loupe la géolocalisation des téléchargements et visionnages en streaming. L’artiste est particulièrement téléchargé à Kiev, à Athènes et à Châteauroux ? Va pour une tournée mondiale Kiev-Athènes--Châteauroux !

Attention tout de même : si -internet génère des revenus, ceux-ci sont pour l’instant très inférieurs aux bénéfices engrangés « avant », quand on achetait un disque, un livre, un journal ou un DVD. Et on voit mal comment ils pourraient atteindre un jour le même niveau. Conséquence : impossible de continuer à financer des structures de production de contenu aussi -importantes qu’auparavant. Les majors de la musique ou du -cinéma se rachètent entre elles. Les journaux ferment, cessent de paraître sur papier, taillent dans leurs effectifs et embauchent de jeunes journalistes capables de travailler indifféremment sur tous les supports. Pour pas cher. En -France, la Fnac, principale enseigne culturelle, a licencié pratiquement tous ses disquaires. Elle n’a pas -embauché un nombre équivalent d’informaticiens pour gérer les ventes de musique en ligne, loin s’en faut.

Internet, sauveur des médias ? On demande encore à voir. 

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