Au commencement était le verbe…

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«La France doit-elle ­candidater pour les jeux Olympiques de 2024 ? » Si cette question posée ­récemment par le site internet du Monde n’a rien d’aberrant, l’utilisation d’un verbe qui n’existe pas a, elle, de quoi surprendre.

Certes, la formation de nouveaux mots est un processus normal dans toutes les langues. Mais qui n’a remarqué la tendance actuelle des locuteurs du français à créer des verbes à tout bout de champ ? On connaissait ­externaliser, halluciner, sanctuariser… On ­découvre fictionnaliser, bilanter (dresser un bilan). Sans oublier le très à la mode vapoter (fumer la cigarette électronique). 

L’un des néologismes qui inonde les médias est ­impacter, dans le sens d’« avoir un effet sur ». Un mot dérivé de l’anglais, ­pensera-t-on aussitôt. Sauf que, dans la langue de Shakespeare, to impact a un autre sens : fixer, loger, encastrer. Dans d’autres cas, il est vrai, les nouveaux verbes sont des répliques exactes de l’anglais, qu’il s’agisse d’implémenter (mettre en œuvre) ou de booster (amplifier, accélérer). Et il n’est pas rare d’entendre à la télévision des commentateurs sportifs parler de scorer et de breaker. 

Autre domaine où le phénomène a pris de l’ampleur, les nouvelles technologies : surfer et zapper, bien sûr, mais aussi twitter, chatter, podcaster, googler (ou googeliser), wikifier et même pédéifier (créer un PDF). 

En règle générale, on crée des verbes pour éviter des locutions verbales : tracter est plus simple que distribuer des tracts. Ce n’est pas tant par le vocabulaire que par la grammaire que l’anglais impose sa loi. Ce dernier a en ­effet un avantage sur le français : il peut ­exprimer une idée ou une action en un seul mot quand le français a besoin d’une ­périphrase. Ainsi, to frown (froncer les ­sourcils), to nod (faire un signe de la tête affirmatif), to shrug (hausser les épaules), to bookmark (marquer une page dans un livre). 

Que disent les linguistes ? Si la conversion  du substantif au verbe est aussi courante en anglais, c’est parce que cette langue n’a pas besoin de suffixation. On passe directement de cycle (bicyclette) à to cycle (faire de la ­bicyclette). En français, on serait obligé de dire « bicycletter ». 

Ces néoverbes sont tous du premier groupe, le plus ­facile à conjuguer. Un bon ­nombre d’entre eux est ­entériné par les dictionnaires courants. L’étrange zlataner, inspiré par le prénom du footballeur Zlatan Ibrahimovic et inventé par les scénaristes des « Guignols de l’info » de Canal +, n’a pas encore intégré le Larousse ni Le Petit Robert, mais, au rythme où l’attaquant du Paris-Saint-Germain ­marque des buts, cela ne saurait tarder.

Chacun pourrait d’ailleurs s’amuser à créer son verbe. Sur leur excellent blog « ­Langue sauce piquante », les correcteurs du Monde relèvent un vide sémantique dans le registre de la sexualité. « Faire l’amour » est plutôt plat, et tous les verbes existants, du type copuler (sans parler des multiples ­termes grivois comme baiser), sont franchement laids. Aussi proposent-ils amourer, qui se conjuguerait comme savourer. « Et si l’on amourait ? » Plutôt joli, non ? 

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