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Juifs au pays des mollahs

Juifs au pays des mollahs

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Iraniens et juifs sont liés depuis les temps bibliques par une histoire commune – oubliée, méconnue ou refoulée. C’est une des clés pour comprendre les relations compliquées entre Israël et l’Iran aujourd’hui.

Je ne sais pas s’il existe un ­devoir de mémoire mais il existe certainement un péché ­d’ignorance et d’oubli. On ne comprend rien à l’Iran d’aujourd’hui sans une connaissance du passé et, en ­particulier, de l’histoire commune des Perses et des juifs – fût-elle « de l’histoire écoutée aux portes de la légende » – depuis trois ­mille ans. C’est le principal enseignement de ce ­livre équitable et médité – Iran et Israël, juifs et ­Perses – qui ­replace les ­relations entre l’Iran et Israël dans leur exacte lumière, à rebours des idées reçues et des croyances que propagent certains ­médias.

Quelques faits anciens. En 539 avant J.-C., le roi des Perses, Cyrus le Grand, déjà victorieux des Mèdes, conquiert Babylone : il restitue aux habitants de Judée – déportés après le siège de Jérusalem et la ­destruction du premier temple par ­Nabuchodo­nosor – leurs objets de culte et les autorise à ­rentrer dans leur pays ­d’origine. Il ordonne la reconstruction du ­Temple de Jérusalem, la « maison de ­Yahvé ». Sa doctrine – ­révolutionnaire – ­repose sur la tolérance ­religieuse, ­l’abolition de l’esclavage, le libre choix de sa ­profession ; elle est énoncée dans un texte gravé sur l’argile en akkadien ­cunéiforme, le « ­cylindre de Cyrus », ­conservé au British Museum et considéré comme la première déclaration des droits de l’homme.

Cyrus est le seul goy qualifié de messie dans la Torah. Un oracle d’Isaïe (45,1-5) ­développe le thème de la vocation de Cyrus en lui attribuant le titre d’« oint de Yahvé », jadis réservé aux rois d’Israël. C’est, selon un commentaire de l’école biblique de ­Jérusalem, l’équivalent en français de ­l’hébreu mashiah, « messie », et du grec chrystos, « Christ », ce qui tout de même n’est pas rien et n’empêcha d’ailleurs pas Cyrus de vouloir par tous les moyens ­étendre son ­empire. Un lien indéfectible s’est il noué dès lors entre les deux peuples ? Certains le ­pensent : « Sans Cyrus, le judaïsme n’existerait peut-être plus depuis des milliers d’années, les juifs ont encore une dette morale vis-à-vis des Perses », estime Menashé Amir, présentateur du journal en persan de la radio publique ­israélienne Kol Israël.

Plus près de nous, quand en 1958 le ­Premier ministre d’Israël, David Ben Gourion souhaite se rapprocher de l’Iran, il écrit ­personnellement au shah Mohammad Reza Pahlavi, qui lui répond : « Le souvenir de la ­politique menée par Cyrus à l’égard de votre peuple m’est cher et nous encourage à ­persévérer sur le chemin de l’antique tradition. » Sans doute Ben Gourion n’avait-il pas oublié l’attitude de certains hauts ­responsables iraniens pendant la Seconde Guerre mondiale – et en particulier l’action d’Abdol Hossein Sardari, consul d’Iran à Paris sous l’Occupation – grâce auxquels 780 ­enfants juifs, séparés de leurs parents en Europe, ­furent sauvés des camps de la mort et envoyés en Palestine, aux États-Unis et en Australie. 

 

Reconnaissance d’État

Au pays des mollahs – le sait-on ? –, le tombeau d’Esther et de Mardochée est ­entretenu et protégé par le gouvernement iranien, qui l’a fait entrer dans la liste des trésors ­nationaux ; c’est un lieu de ­pèlerinage, tout comme le mausolée du ­prophète Daniel, ­honoré conjointement par les juifs et les ­musulmans. 

Car, si quelques historiens en doutent, ­personne en Iran n’ignore que le petit-fils de Cyrus, Xerxès (Assuérus), a épousé ­Esther, la nièce de Mardochée. Oui, une reine juive – ce ne fut d’ailleurs pas la ­seule – ­régna sur la Perse, du moins si l’on en croit les Livres – ceux d’Esdras, d’Esther et de Daniel – et la tragédie de ­notre cher Racine!

Au-delà des effets de la mythologie, ­sait-on que l’un des premiers gestes de l’ayatollah ­Khomeini, en février 1979, fut de rencontrer les représentants de la communauté juive ­iranienne et d’édicter une fatwa en ­faveur des droits des ­minorités juive mais ­aussi ­arménienne et zoroastrienne dans le pays ? Selon ­l’article 13 de la Constitution islamique ­adoptée en 1979, ces minorités sont ­reconnues libres, dans les limites de la loi, d’accomplir leurs rites ­religieux. Depuis 1906, chaque ­minorité est représentée au Parlement.

 

Conditions de survie

Oui, mais les juifs sont exclus de certaines responsabilités. Oui, mais la haute fonction publique, les charges régaliennes – police, ­armée, justice – leur sont interdites, de même que les postes d’influence dans les grandes entreprises d’État et dans les médias. Oui, mais ils sont regardés avec suspicion par le gouvernement. Comme le souligne Orly ­Rahimiyan, de l’université ­israélienne ­Bar-Ilan : « Pour protéger leur statut, les juifs doivent prêter ­allégeance au ­gouvernement et ­soutenir publiquement sa politique. Telle a été leur ­stratégie de survie en Iran pendant 2 700 ans. » Ils se ­taisent mais n’en pensent pas moins.

Et puis, sporadiquement, cette ­alliance millénaire, les juifs ­iraniens le savent bien, a connu des heures ­tragiques : vexations, persécutions, spoliations – sous les Sassanides au milieu du V e siècle et sous le règne d’Agha Mohammad Shah, sans ­parler du pogrom de Chiraz en 1910 et du ­procès des « espions juifs », monté de toutes pièces par le pouvoir iranien, en 1999, dans la même ville. 

Qu’en pensent-ils eux-mêmes ? ­Interviewés par le Jerusalem Post à propos des déclarations ouvertement antisémites du président Ahmadinejad, la plupart des juifs d’Iran semblent plutôt enclins à ­l’apaisement : « Nous n’aimons pas les ­discours ­d’Ahmadinejad mais nous nous disons que ce sont des paroles en l’air », ­estime l’un d’eux. « Bien sûr, il fait peur aux juifs d’Iran, mais moins qu’aux juifs ­d’Israël », nuance un autre. 

Cet optimisme, qui peut nous sembler ­déraisonnable, est largement partagé par ­Siamak Morsadegh, député représentant la minorité juive au Parlement iranien : « La perception donnée par les médias des ­minorités religieuses en Iran est erronée. L’Iran possède la plus grande communauté juive du Moyen-Orient après Israël, soit entre 25 000 et 30 000 membres. Nous sommes politiquement et socialement ­intégrés. Nous n’avons pas de problèmes avec les musulmans. Il y a vingt ans, il y avait 35 000 à 40 000 juifs en Iran. Après la révolution islamique, certains ont ­émigré, surtout aux États-Unis. Moins de 1 % sont allés en Israël. » 

 

Hostilité d’élite

Qu’en est-il vraiment et qu’en sera-t-il ­demain ? Alexandre Adler, dans sa préface, parie sur le « triomphe d’une société civile, instruite, féministe, produisant l’un des cinémas les plus intéressants de la planète, et capable de faire régner un climat ­permanent de fronde jusqu’aux portes d’un pouvoir ­politique, certes hostile mais de plus en plus divisé ». C’est aussi l’espérance raisonnée d’Ardavan Amir-Aslani. Avocat international de profession, l’auteur est un Azéri d’Iran, animé d’un authentique patriotisme iranien mais fier d’appartenir à cette grande ­minorité turque et laïque qui, dans l’histoire de ­l’empire de Perse, a ­souvent incarné les choix ­rationnels de l’ambition étatique.

Pour eux, la situation actuelle entre ­Israël et l’Iran correspond moins à la ­volonté politique de deux États et de deux peuples qu’aux ambitions de quelques ­individus crispés, ­matamores ou tartuffes, ­isolés mais ­puissants, qu’ils soient situés à l’extrême droite en Israël ou érigés en ­Gardiens de la révolution en Iran, qui ne cherchent qu’à préserver leur pouvoir et leurs privilèges à tout prix. Cyrus, Esther, Shah Mohammad Reza, faites qu’ils s’en aillent au ­diable !

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