Warning: Unexpected character in input: '\' (ASCII=92) state=1 in /home/gtajeune/www/libraries/gantry/core/utilities/gantryregistry.class.php on line 326

Warning: Unexpected character in input: '\' (ASCII=92) state=1 in /home/gtajeune/www/libraries/gantry/core/utilities/gantryregistry.class.php on line 339
Fès, ville d’ouverture et de tolérance

Fès, ville d’ouverture et de tolérance

Submit to FacebookSubmit to Google BookmarksSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Riche d’une tradition de rencontres et d’échanges, l’ancienne capitale politique et intellectuelle du Maroc vibre en ce mois de juin au rythme du Festival des musiques sacrées. L’occasion pour la doyenne des cités impériales marocaines d’exalter les valeurs qui la rendent si unique : l’ouverture sur le monde et le brassage des cultures.

C’est un conte mystique du XIII siècle, l’histoire d’une huppe conviant tous les oiseaux du monde à un long voyage qui donne le diapason à cette édition 2014, placée sous le signe de la diversité et de la spiritualité. Animée et hospitalière, Fès ne livre pas pour autant ses secrets aisément. C’est donc à AbderrafiâZouitene, président de la fondation Esprit de Fès, que nous avons demandé de nous parler de la ville de son enfance. Une plongée intime dans la Fès d’hier et d’aujourd’hui.

 

Abderrafiâ Zouitene nourrit de grandes ambitions pour sa ville. Président de la fondation Esprit de Fès depuis novembre2013, il nous parle de cette cité impériale fondée à la fin du VIIIsiècle.

Que signifie pour vous être fassi ?

Être fassi ? C’est un art de vivre, une attitude également. Un mélange de tradition et d’ouverture sur l’autre, né des brassages de populations qui, au cours des siècles, ont forgé l’âme de la ville. Des populations venues d’Andalousie, de Tunisie… Fès est le reflet de l’histoire du Maroc. Cette tradition n’est pas un vain mot un peu fourre-tout : les habitants sont intimement imprégnés du riche passé de leur cité.
Ainsi, l’artisanat reste l’un des points forts de la ville. Le savoir-faire est jalousement gardé et transmis de père en fils depuis des générations.


Fès a certainement beaucoup changé depuis votre enfance !

Bien sûr... Elle a su se moderniser, mais sans perdre son âme. Les infrastructures qui ont été réalisées, les autoroutes reliant Fès à Meknès, Rabat, Tanger et Oujda, la restauration de la médina, l’embellissement du nouveau Fès ont des retombées bénéfiques sur l’emploi. Et la Fondation a un rôle à jouer pour que cette modernisation se poursuive dans le respect des traditions.
Certes, je suis parfois nostalgique d’une certaine dimension humaine, mais ce n’est pas propre à la ville de Fès ! Autrefois, il y avait un côté serein des choses. Il y a une cinquantaine d’années, régnait au Maroc une exceptionnelle douceur de vivre. Je suis très attaché à la notion de civisme très présente dans le Royaume et peut-être plus encore à Fès.

 

Que représente Fès pour le reste de l’Afrique ?

Fès est un excellent exemple des liens forts que le Maroc entretient avec l’Afrique. La dimension africaine a toujours existé dans notre pays, tant par l’histoire que par la culture, les échanges commerciaux ou la religion. Le nom de Fès est associé à celui du cheik Ahmed Tijani, fondateur en 1782 de l’importante confrérie soufie Al-Tijaniya, puissante au Niger, au Mali, au Sénégal, en Guinée, en Côte d’Ivoire…
Mon propre grand-père était un grand théologien de l’université Al-Qaraouiyyine à laquelle sont associés les grands précurseurs du soufisme. Un jour, dans ses affaires, j’ai retrouvé son passeport et j’ai découvert qu’en 1925, il était parti en bateau de Casablanca pour Saint-Louis du Sénégal, où il a passé un an…
J’ai eu l’honneur de faire partie de la délégation officielle qui accompagnait Sa Majesté le Roi Mohammed VI lors de son dernier périple africain et j’ai pu mesurer la grande attention qui lui était portée en tant que Commandeur des croyants.
Cette dimension religieuse du Maroc est extrêmement forte en Afrique. Notre rite sunnite marocain est très tolérant, notamment dans sa manière d’enseigner la religion. Plusieurs pays africains comme le Mali, le Sénégal, mais aussi des pays du Moyen-Orient ont ainsi demandé des imams marocains.

Le tombeau du cheik Tijani se trouve à Fès. A-t-il fallu développer les capacités d’accueil de la ville pour recevoir les pèlerins ?

Nous voulons donner une impulsion forte au tourisme religieux. Les autorités, les élus et les habitants de Fès ont permis, grâce à leur travail, de proposer une offre qui correspond aux attentes de nos amis africains. Ainsi nous investirons annuellement 5 millions de dirhams pour la promotion de Fès en Afrique.

Quelle est votre ambition à la fondation Esprit de Fès ?

Renforcer sa notoriété et mettre le Festival des musiques sacrées encore plus au service de la ville et de ses habitants. La Fondation de Fès a la chance d’avoir un Conseil d’administration composé de membres éminents, actifs et dévoués. Suite à une réflexion commune, j’ai annoncé la création d’un grand prix de la fondation, attribué à une personnalité qui aura contribué dans son domaine à l’esprit de ses valeurs : ouverture sur
l’autre, tolérance.
Nous allons aussi, dès l’an prochain, organiser un nouveau festival consacré aux arts culinaires. Nous inviterons des grands chefs européens, chinois, japonais… Fès a de tout temps donné le tempo de la gastronomie marocaine. La richesse de sa cuisine, fruit des multiples facettes de son histoire, est célébrée depuis des siècles. Et puis nous aurons aussi prochainement un festival de musique andalouse.
Là encore, pas de doute, Fès est très légitime ! Enfin, à l’avenir, je veux organiser un événement autour de l’artisanat. Et mettre en valeur les jeunes, faire émerger de nouveaux talents marocains afin de perpétuer tout un art de vie. Il faut construire l’image de Fès sur le long terme.

N’avez-vous pas peur de finir par dénaturer la ville avec ces flots de visiteurs ou que les Fassis se sentent envahis ?

Pas du tout ! Les premiers à profiter de ces festivals sont justement les Fassis. Et je ne parle pas ici des retombées écono-miques mais tout simplement de plaisir ! Ces festivals sont destinés aux habitants de Fès et aux Marocains. La plupart des espaces, des spectacles sont gratuits. Cette dynamique entraîne toute la vie de la ville, dans les écoles, dans les rues, les maisons, au cœur des familles… à mes yeux, c’est une condition sine qua non, sinon la vie disparaît. 
Au Maroc, nous avons beaucoup d’autres festivals : le Festival des musiques du monde de Mawazine à Rabat, le Festival gnaoua à Essaouira, le Festival du cheval à Meknès… Là encore, c’est une prolongation de notre tradition : autrefois on disait « moussem », ainsi le célèbre moussem de Moulay Idriss, aujourd’hui, on parle de festival, mais au fond c’est la même chose. La différence, c’est une professionnalisation qui s’est faite progressivement. Ces festivals sont béné-fiques sur le plan culturel, touristique (extérieur et intérieur), mais aussi bien sûr en termes de retombées économiques.

 

Pour conclure, et si vous ne gardiez qu’une image de Fès…

Le matin très tôt, à l’aube, sur un balcon ou sur une terrasse surplombant la médina quand vous êtes réveillé par l’appel à la prière. Ce sont des instants précieux, intenses, suspendus dans le temps. Au-delà du côté religieux, ces voix en répons qui démarrent toutes avec un léger décalage me bouleversent profondément… Ou alors, quand vous vous promenez dans la médina.
Les maisons ne sont pas distinctes les unes des autres et soudain, vous poussez une porte et vous vous trouvez dans un patio, un jardin. Je ressens alors une intense quiétude. Presque palpable. Au cœur de Fès. Au cœur de la vie.

 

Le jour même où la famille de l'ex-président sud-africain annonçait la fin de sa période de deuil, le 15 juin 2014, le "zoulou blanc" et "l'artiste ministre", respectivement Johnny Clegg et Youssou N'Dour, étaient réunis sur scène pour un concert exceptionnel, hommage à Nelson Mandela, dans le cadre du Festival de Fès.

C'est sur une scène majestueuse dressée devant la porte de Dar Makina que les spectateurs ont pu célébrer celui qui restera à jamais dans les mémoires.

"Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme": le spectacle a débuté par la lecture du poème "Invictus" de William Ernest Henley, texte qui sera une source d’inspiration pour Nelson Mandela, enfermé pendant 27 ans à la prison de Robben Island.

Dans la nuit qui m’environne,

Dans les ténèbres qui m’enserrent,

Je loue les dieux qui me donnent

Une âme à la fois noble et fière.

Prisonnier de ma situation,

Je ne veux pas me rebeller,

Meurtri par les tribulations,

Je suis debout, bien que blessé.

En ce lieu d’opprobre et de pleurs,

Je ne vois qu’horreur et ombres

Les années s’annoncent sombres

Mais je ne connaitrai pas la peur.

Aussi étroit que soit le chemin,

Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme :

Je suis maître de mon destin ;

Et capitaine de mon âme.

Deux moments émouvants ont particulièrement marqué cet événement :

- la reprise par Johnny Clegg de son titre Scatterlings of Africa

Les deux artistes ont ensuite mêlé leurs chansons consacrées à Nelson Mandela, entraînant les spectateurs dans une danse effrénée…

Plus que jamais, le festival de Fès a su allier l'émotion à l'ouverture sur le monde, si bien incarnée par ces deux grands artistes.

Autre moment magique du festival de Fès, la rencontre entre le ténor franco-sicilien Roberto Alagna et The Khoury project, trois frères d'origine palestinienne qui fusionnent la musique orientale arabe classique avec des sonorités issues d’autres traditions et cultures : flamenco, jazz, swing. En repoussant les limites techniques et les possibilités offertes par leurs instruments traditionnels, les trois virtuoses ont réinventé les formes musicales anciennes, démontrant le caractère intemporel de la musique orientale arabe.

Un moment d'intense émotion quand Roberto Alagna a entonné le "Notre Père" dans cette ville impériale marocaine, berceau de l'ouverture et de la tolérance, une nouvelle fois illustré par ce brassage des cultures et des religions.

Roberto Alagna Fès


 

Ajouter un Commentaire


La Revue

Dossier du mois

La Revue sur FaceBook